reportage

Le Festival Superwood, la parenthèse enchantée dans la forêt finlandaise ! Aller au Festival Superwood, c’est un peu comme partir en voyage, au sens propre comme au sens figuré… (Festival Superwood – 4 au 6 Octobre 2019 – Finlande) (Report par Gwenaëlle Bauvois)

Superwood, le festival finlandais à la Twin Peaks

L’idée d’organiser un festival de musique dans un hôtel pendant tout un week end a déjà de quoi intriguer en soit. De plus, pas n’importe quel hôtel, Rantapuisto – imposant complexe au milieu de la forêt tout de bois et de verre – fut construit en 1963 comme centre de formation d’une grande banque finlandaise. Le lieu est architecturalement magnifique et surplombe la mer baltique dans un écrin de verdure. En se baladant en robe de dentelle et (fausse) fourrure, chaussures de randonnée aux pieds, on a vraiment l’impression d’être dans le Great Northern Hotel de Twin Peaks.  Et on se régale au coin du feu un verre à la main dans cette ambiance toute lynchéenne.

On ne peut que saluer le travail de la créatrice de mode, Paola Suhonen, qui a pensé, conçu et concrétisé ce festival.

Superwood est SA vision, on y retrouve tous les éléments de son univers, tous ses codes esthétiques, pour notre plus grand bonheur. Elle a réussi à créer un événement d’une parfaite cohérence et d’une saisissante entièreté : tout est pensé dans les moindres détails, l’architecture se marie à la nature et la nature se marie à la musique. Pas de foule, pas de queues, on navigue d’une pièce à l’autre, d’un étage à l’autre, s’arrêtant tranquillement là où bon nous semble. Car non seulement il y a des concerts bien sûr, mais aussi des conférences, des discussions au coin du feu avec les artistes, des ateliers d’art, des boutiques, des spectacles de Drag Queens et même un centre de psychothérapie…

Le clou de Superwood est sans conteste le « Wood Tour ». Quèsaco ? Alors on met son gros manteau, ses gants, son bonnet et ses chaussures de marche et on attend d’être guidé vers des endroits secrets dans le noir le plus complet pour une dizaine de mini concerts – ou plutôt des performances – complétements déjantés, poétiques et inattendus. Au milieu des bois – attention où on met les pieds ! – sur la plage, un terrain de tennis, un toit ou sur la mer !

Au détour d’un bois, on tombe sur la chanteuse MIRA LUOTI (la moitié du célèbre duo PMMP) dans une baignoire avec un quartet de violons et des filles en robe blanche qui s’embrassent à pleine bouche, telles des fées des bois.

La chanteuse LITKU KLEMETTI est perchée sur un toit seule avec sa guitare électrique, tandis que le duo KOUTAFFA (Sami Yaffa, qui fut entre autres le bassiste des New York Dolls et son épouse Meeri Koutaniemi, photographe) dansent autour d’un feu sur la plage tels des chamans.

On retrouve la chanteuse IISA assise sur la fameuse « bubble chair » du designer finlandais Eero Aarnio, accrochée à un arbre.

De son côté, le chanteur de variété JARI SILLANPÄÄ a donné l’une des performances les étonnantes. En effet, en longeant la plage, on aperçoit une figure blanche au milieu de la mer entièrement recouverte d’un costume de Paola Suhonen, le visage caché. Elu roi du Tango il y a 25 ans (oui la Finlande est le deuxième pays du tango, c’est pris très au sérieux ici) et condamné récemment à 10 mois de prison pour possession de drogue, le chanteur clame en anglais en révélant son visage : « I rise like a phoenix ». Le public a bien apprécié l’auto dérision du propos…

On tombe ensuite sur l’accordéoniste fou et virtuose, KIMMO POHJONEN, pour un concert déjanté au milieu de la forêt. Plutôt habitué au festivals de musique du monde et jazz, il a joué exceptionnellement pour Superwood une version electro décapante de son instrument. Puis HONEY B & THE T-BONES sont apparus dans une espèce de cocon d’alien au pied d’une colline qui s’est ouvert à notre arrivée pour une récitation de texte complètement surréaliste.

Et comme nous quittons les bois avec regret, nous attend une autre surprise : LEA LAVEN, chanteuse de variétés (en Finlande on appelle ça du iskelmä) – star depuis les années 60 et 21 albums à son actif. La dame de 71 ans est perchée sur le toit de l’hôtel en lançant des paillettes sur nos petites têtes ébahies.

De retour dans la chaleur réconfortante de l’hôtel, d’autres concerts nous attendent. On note les très jeunes GRANDMOTHER CORN et leur son blues 70’s. Charmants mais qui font un peu pâle figure face à THE HOLY. L’histoire dit que le groupe a décidé de se former en regardant un match de la FIFA, complètement saouls. Bien leur en pris ! Ils sont bons, très bons même, et leur concert à Superwood ne fait que confirmer mes premières impressions. Ce groupe a vraiment du potentiel pour dépasser les frontières de la Finlande. Leur son rappelle par moments Diiv et Arcade Fire, on a fait pire comme reminiscences.

Et enfin SAIMAA qui sans nul doute est un grand groupe – dans tous les sens du termes – ils sont en effet 11 sur scène et font un bruit d’enfer avec leur rock post-progressiste aux accents jazzy. Que de la musique, pas de chants, des chansons qui durent un quart d’heure. Parfait pour finir en beauté cette première partie de Superwood.

La journée du samedi débute, après une bonne (mais trop courte) nuit de sommeil et une balade sur la plage, avec le sympathique groupe de pop rock HIMANEN, puis la chanteuse-auteure-compositrice ROSITA LUU et on monte crescendo avec le groupe de rock THE NEW TIGERS et le groupe punk RÄJÄYTTÄJÄT. S’ensuit une des performances les plus attendues, celle de la chanteuse de neo soul originaire de Brooklyn : NICOLE WILLIS avec le DJ KALIFORNIA-KEKE. La diva a 10 albums à son actif et sa chanson « Keep Reachin ‘Up » faisait partie de la liste Spotify de la campagne de réélection d’Obama, excusez du peu ! Quel bonheur de l’écouter ! Avec une voix pareille, comment pourrait-il en être autrement ?

Une des surprises du festival est le groupe de rock garage PINTANDWEFALL dont je n’avais jamais entendu parlé – à mon grand étonnement. Les quatre nanas ont remporté en 2007 le plus grand concours de rock en Finlande – Ääni ja Vimma – et enregistré un premier album « Wow! What Was That, Baby ? », puis 5 autres albums studio vont suivre. Dumb Pint, Cute Pint, Crazy Pint et Tough Pint sont charmantes, mignonnes, drôles, portent des masques de Zorro et envoient en même temps un son dévastateur ! Un pur plaisir !

Le bouquet final du festival est des plus inattendus, avec le concert d’une star de la variété finlandaise des années 80 : MEIJU SUVAS. Personnellement, je n’en avais jamais entendu parler – mes connaissance musicales ayant apparemment leurs limites – et quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur une foule déchaînée en pleine liesse chantant à tue tête. J’ai même vu de mes propres yeux, effarée, des jeunes hommes se mettre torse nus en hurlant le nom de la dame de 60 ans. Ce dernier concert de Superwood fut quelque peu surréaliste mais je pars me coucher le sourire aux lèvres.

Le dimanche après un excellent brunch face à la forêt et la mer – le retour à la réalité est un peu douloureux. Je quitte à regret cette rêverie, cette parenthèse enchantée avec la conviction que je reviendrai l’année prochaine car Superwood est plus qu’un festival, c’est une expérience complète comme on n’a rarement la chance d’en vivre.

– Site Superwood Festival : https://www.superwoodfestival.com/
– Site Ivana Helsinki : http://www.ivanahelsinki.com/

– Facebook : https://www.facebook.com/superwoodfestival

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