reportage

Depuis 1985, le nom de ce festival résonne en nous comme un écho des héros et artistes contemporains de notre adolescence. Nous avons toujours en mémoire ces affiches aux programmations de rêve et comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, nous nous y sommes rendus pour cette belle 35ème édition !(Francofolies de La Rochelle – 10 au 14 Juillet 2019 – La Rochelle) (Report par Marjorie Marty et Vincent Vince Picozine)

C’est sous un soleil de plomb que nous avons pénétré le 10 juillet dernier dans l’enceinte des Francos. Çà et là, des photos d’artistes qui ont marqué l’histoire du festival et surtout de la chanson française : Cabrel, Bashung, Ferret, Higelin, Nougaro et beaucoup d’autres. C’était le début de cinq jours de richesses émotionnelles et artistiques qui s’ouvraient à nous. Cinq jours, c’est énorme ! De mémoire ça doit représenter pas loin de 80 prestations scéniques, sans compter les conférences, les rencontres, les projections et les concerts en Off !

Alors évidemment nous n’avons pas assisté à tout. Nous nous sommes laissé guider là où le hasard nous emmenait faire des découvertes, parfois c’était la curiosité qui nous guidait entre la grande scène Jean-Louis Foulquier, les salles de Théâtre de la Coursive et les nombreux endroits apparentés aux Francofolies.

Nous commencerons par ce qui nous a le plus touché, le «Chantier des Francos» qui a pour vocation de prendre une part active dans le développement et la diffusion de jeunes artistes. Le chantier propose un accompagnement professionnel complet, bienveillant, adapté et respectueux des orientations esthétiques des artistes. Les artistes sélectionnés pour cette édition étaient : Alma Forrer, Arthur Ely, Chine Laroche, Dampa, Di#se, Hervé, Jaune, Mottron, Muddy Monk, Ramo, Silly Boy Blue et Thé Vanille. Nous avons eu le plaisir de voir :

Chine Laroche
Une jeune artiste hyper talentueuse qui nous a offert un set à la fois electro et électrique, planant, sobre et hypnotique. Des textes en français forts et accrocheurs colorés de soul et de pop. On s’est doucement laissé emporter dans ses compositions apaisantes. Un moment passé trop vite et un public qui a très bien accueilli cette ouverture des Francos.

Jaune
(alias Jean Thevenin) Musicien issu de la batterie et d’une certaine pop française. Il nous a fait voyager dans un labyrinthe onirique mêlant mélancolie lunaire et planante parsemé de jets de lumière. Jaune manie l’électronique et l’organique à merveille alternant, avec son complice, machine et batterie. On se souviendra de « Blessure de l’ego », d’histoire de Quai Branly ou encore de Plancton, tout un monde !!!

Jaune
(©photo : Vincent Vince Picozine)

Jaune2
(©photo : Vincent Vince Picozine)

Silly Boy Blue
Joli coup de cœur pour cette chanteuse au look un brin androgyne qui débarque seule sur scène avec quelques machines, une guitare et un énorme talent. Elle nous envoie de superbes titres faussement sombres et enivrants. Parfois une certaine mélancolie aérienne frôlant la dream-pop. Ana Benabdelkarim de son vrai nom n’en est pas à son coup d’essai en matière de musique. Très à l’aise sur scène, elle nous offre ses émotions, ses questions, ses joies et peines dans un DIY certainement exutoire. On en veut encore dans la même veine. A écouter d’urgence « Cécilia », « The Fight », « You’re cool ». À suivre de près !!!

Sillyboyblue
(©photo : Marjorie Marty)

Nous aurions aimé découvrir plus de ces artistes émergents (les réactions du public le prouvent, c’est à chaque fois un grand succès), dommage que les prestations soient si courtes (40-45 minutes).

C’est ensuite vers des artistes bien connus de l’Oreille à l’envers que la curiosité nous a emmené. Ceux dont les disques tournent régulièrement sur nos platines mais que nous n’avons jamais ou très peu vus sur scène. Ce fût bien souvent pour nous une redécouverte, un nouvel aspect et une autre dimension de ce que nous connaissions de ces artistes. Ce qui prouve encore une fois que la scène est une prolongation et un aboutissement dans la créativité d’un artiste. La rencontre physique avec le public sublime la magie des mots et des notes.

Buridane
Comme nous avions découvert le nouvel album de Buridane quelques jours avant les Francos, on s’est laissé pousser des ailes pour ne pas manquer cette rencontre scénique. Et c’est au-delà de nos espérances que nous fûmes à nouveau conquis par cette voix quasi enfantine qui nous envoie ses mots si justes et percutants. On redécouvre les titres de ce nouvel album « Barje Endurance » qui est une pure merveille. Nous sommes absorbés par cette voix calme, posée parfois à la limite du slam, un chant apaisant libérant une poésie du vécu parfois tendre ou angoissante. Il y avait aussi cette ambiance si intense, sublimée par l’accompagnement d’un saxo cinématique ou encore les craquements du parquet de la scène dans un silence qui ouvre certaines plages acoustiques épurées de titres comme « Le Phénix et la Cendre » ou « Perspectives ». Nos cœurs étaient remplis.

Buridane
(©photo : Marjorie Marty)

Minuit
Simone Ringer, Raoul Chichin et leurs potes Klem Aubert et Joseph Delmas forment le groupe Minuit. Certains de ces noms ne sont pas sans rappeler qu’il y en a au moins deux qui ont baigné dans la musique dès le biberon et ont chopé ce petit grain de folie qu’on adore. Que veux-tu, c’est comme çaaaa! Lalala la la! C’est l’année dernière que Minuit a confirmé son talent avec l’album « Vertigo » mais c’est peu dire tant qu’on ne les a pas vus sur scène. Il était 16h et le peu de fraicheur que nous réussissions a absorber dans le théâtre Verdière par ce jour caniculaire fut embrasé par Minuit dès l’intro du concert et nous emmené au bout d’une nuit explosive !

MinuitSimone
(©photo : Vincent Vince Picozine)

Raoul stylé rock alternatif, Simone en reine du disco magnifique et éclatante de paillettes roses. Et bien sur la magie opère, tout y passe mêlant Rock, Disco, Electro, Glam, extravagance et émotions. Les solos de Raoul le place au rang de guitar-hero, Simone se déhanche et se déchaine à chaque titre et voix est magnifique (bel héritage !).
Quelques Moments inoubliables : les reprises de « You should be dancing » des Bee Gees et « Dr Beat » de Gloria Estefan. Un public en transe, qui lâche prise et devient fou… de joie !!! Evidemment trop court, le concert se termine avec « Flash ».

MinuitRaoul
(©photo : Vincent Vince Picozine)

C’est drôle, car en sortant dans le hall étaient exposées les partitions originales déposées à la SACEM des titres mythiques d’artistes ayant participé aux Francos et parmi elles « Marcia Baila » des Rita Mitsouko, présents à la première édition des Francos en 1985.

L’Extragroupe
Collectif d’artistes issu de ce fameux observatoire de la french pop underground qu’est le fameux label « La Souterraine » qui éditait il y a environ 1 an la compilation de reprises de Léo Ferré « C’est Extra« .

Quelle bonne idée de former un groupe composé de musiciens et chanteurs/euses ayant participé à cette compil’ ! C’est vraiment dans l’esprit et la passion de Léo qu’ils nous ont offert un concert d’exception en libre interprétation mais avec toute l’intensité, la rage, la poésie et la lutte du Ferré que l’on aime dans des titres rares tel que « La Nuit », « La Mauvaise Graine », « Thank you Satan », « Si tu t’en vas », « Tu ne dis jamais rien » et bien d’autres. Concert intense qui nous a cloués au siège, portés par cette poésie si vivante. Qu’il est bon de s’en nourrir encore et toujours !

Extragroupe
(©photo : Vincent Vince Picozine)

Charlotte Cardin
C’est de Montréal que nous vient cette jeune chanteuse à la voix magnifique. On l’avait découverte avec « Big Boy », ballade minimaliste electro jazz. Et bien, en live c’est encore plus beau ! Charlotte, toute fraîche, toute nature, nous charme avec son bel accent canadien et semble enchantée d’être aux Francofolies. Une véritable force tranquille et une énergie séduisante qui nous promène dans son bel univers.
« Drive » et « Main Girl » résonnent encore en nous et deux inédits nous mettent sur la piste d’un futur album qui ne manquera pas de faire parler de lui.

 Charlottecardin
(©photo : Vincent Vince Picozine)

Au détour de tous ces concerts, Les Francofolies nous offrent aussi l’occasion de faire de belles rencontres autour de la musique (évidemment) mais, sous un autre angle. On pense notamment à la littérature avec « Les Folies Littéraires« . Chaque jour un thème différent où les auteurs (artistes ou issus de la musique) viennent présenter leurs livres. On se souviendra de Cali, Gaëtan Roussel et Bertrand Belin sur le thème « Les Maux d’Auteurs » et Jane Birkin pour son journal intime « Munkey Diaries » avec qui nous avons eu la chance de passer un beau moment.

JaneB

Et puis, il y a aussi des projections de films dans le cadre des « Francos Stories » tels que « Haut les Filles », la révolution rock au féminin pluriel, de François Armanet et l’excellent « Nous, enfants du rock » de Michel Vuillermet. Enfin, avec « J’ai la mémoire qui chante », des personnalités inattendues au festival viennent raconter des anecdotes de leur vie balisée par des refrains qui ont marqué leurs joies et peines. Cette année, Jean Teulé, Michel Houellebecq, Fanny Ardant et François Hollande sont venus se confier.

Bertrand Belin
On ne voulait pas le manquer car son dernier album « Persona » va finir par user notre platine. C’est un dandy rockeur nonchalant qui se retrouve face à nous avec son groupe. Sa voix grave et profonde laisse venir à nous une poésie singulière dès le début du concert avec le dissonant « Bec » puis les titres que l’on adore s’enchainent et nous plongent dans un regard détaché plein d’humour et de tendresse sur le monde. Observateur de l’existence, Bertrand nous laisse sur le cul avec justement « Sur le cul » et son intro parlé-chanté surréaliste ; un mémorable « De corps et d’esprit » et l’hilarante prestation ou il incarne un président de la république assez peu ordinaire. Bertrand Belin est à voir et à revoir en concert ! On y retourne dès que possible !

BertrandBelin
(©photo : Vincent Vince Picozine)

Maud Lübeck
Délicat et fragile exercice du piano voix, Maud nous entraîne dans une déclinaison de l’amour sous ses bonnes et mauvaises faces. Une mise en scène qu’elle offre toute en tendresse et pudeur. La douceur dans sa voix nous charme et nous fait vivre un moment privilégié. On songe à Françoise Hardy ou encore Charlotte Gainsbourg. Une bande son se met en route diffusant des voix enregistrées qui parlent d’amour avec les bruits de la rue en fond et l’on se retrouve dans une réalité qui nous parle, palpable, qui donne une autre dimension au concert. Surprise ultime : Alain Chamfort rejoint Maud pour un magnifique duo « A deux ». À noter aussi les chœurs magnifiques de Maissiat et Edward Barrow qui accompagnaient Maud ! Découvrez son dernier album « Divine (chronique d’une rencontre) », c’est un pur moment de plaisirs douceurs !

Alain Chamfort
Cela t’es déjà arrivé d’avoir le cœur léger, te sentir plein de vie, tout simplement heureux avec l’envie de crier Waaahooo après avoir vécu un moment exceptionnel ? Et bien c’est comme ça que l’on s’est sentis en sortant du concert d’Alain Chamfort. Plus de 50 ans de carrière et un dernier album magnifique, « Le Désordre des Choses ».
Alain Chamfort nous a offert une prestation exceptionnelle rassemblant la plupart de ses tubes (« Manureva », « Chasseur d’Ivoire », « Malaise en Malaisie », « Bambou », « Clara veut la Lune », « l’Ennemi dans la Glace », « Comme un Géant »…et bien sûr des titres tout aussi bons et plus récents comme l’émouvant « Microsillons », le tubesque « Tout est pop », l’angoissant « Linoléum », « Sans haine ni violence » etc. Notre dandy a la classe plus que jamais et a littéralement embrasé la salle. Très proche du public, il nous confie des anecdotes pleines de tendresse et d’humour. Une fois de plus on prend conscience de son talent de compositeur et d’interprète. Nous sommes bluffé, on l’aimait, maintenant on l’adore. Voir Chamfort en concert, ça vaut le détour !

La Grande Sophie
Comme une avant-première nous avons découvert La Grande Sophie dans les prémices de sa nouvelle tournée et de la sortie de son prochain album en septembre. Excellente performance scénique avec des moments très forts avec « Ne m’oublie pas », le fameux « Du Courage » et le très émouvant « Le Large » qu’elle avait composé pour le dernier album de Françoise Hardy.

Enfin il y avait cette grande scène, La Scène Jean-Louis Foulquier, du nom du fondateur des Francofolies, qui peut accueillir plus de 12000 spectateurs que de grands noms de la chanson française ont foulé au fil des éditions.

IAM
(©photo : Vincent Vince Picozine)

Cette année, nous avons assisté au concert d’Angèle, l’étoile montante qui a pris du galon et présente un véritable show avec chorégraphies et qui garde toujours cette fraicheur addictive, M en solo sur scène (enfin presque car accompagné de drôles de machines à musique) pour un spectacle énorme, haut en couleurs, l’impressionnant IAM Symphonique pour les 20 ans de la sortie de l’album « L’école du Micro d’Argent » aux titres entièrement joués par un orchestre symphonique, bluffant, génial et explosif ! Zazie, toujours très classe, un brin de folie, de l’émotion et des mots qui font mouche. Juste après, nous avons eu droit à un magnifique feu d’artifice accompagné de chansons des grands noms qui ont fait les Francos et qui pour certains ne sont plus là (Maurane, Higelin, Johnny…). Et enfin, Patrick Bruel qui clôt cette 35ème édition des Francofolies avec un énorme concert haut en couleurs, interprétant pas loin de 30 chansons. La Bruel-Mania est toujours bien là et s’est transmise à la jeune génération. C’était franchement impressionnant.

Patriick
(©photo : Marjorie Marty)

Évidemment nous aurions voulu assister à plus de concerts et faire encore plus de découvertes. Les Francofolies sont vraiment à la hauteur de leur réputation avec leur âme et leur histoire, dans un cadre magnifique qui se vit partout dans la ville. C’est avec plaisir et impatience que nous y retournerons, notamment pour suivre de près le Chantier des Francos !!!

(Article et photos par Vincent Vince Picozine et Marjorie Marty)

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