chronique

KENT
/ Album « La Grande Illusion »
/ Sortie le 3 Février 2017

// Kent ! Aaaah, Kent ! Qui ne connait pas ce chanteur, poète, écrivain, dessinateur et j’en passe…40 ans de carrière cette année, c’est pas rien quand même !!! Bon…Heu…Ok, c’est bon ! J’arrête de faire genre…car en fait là, j’ai vraiment un problème. Quand on m’a demandé si je voulais chroniquer le nouvel album de Kent, j’ai aussitôt répondu « Ouais OK, génial…tu m’étonnes, Kent je connais…Starshooter, tout ça…Ça marche pour moi ! »

Kent-lagrandeillusion

Mais juste après, je me suis rendu compte que je n’avais jamais écouté un de ses albums et pourtant, c’est vrai que je connais Kent, enfin, un peu. La première fois que j’ai entendu parler de lui c’était dans une émission sur M6, au début des années 90. Cela s’appelait « Culture Rock », un numéro spécial rock français 74-81. Kent y était interviewé à propos de Starshooter. Moi j’étais en pleine période Punk / Rock Alternatif mais pas vraiment intéressé par les origines du Punk Rock en France. À part Metal Urbain, les autres groupes pionniers du genre n’étaient pas encore ma préoccupation. Ainsi, je découvrais succinctement Bijou, Marie et les Garçons, Asphalt Jungle, les Dogs et bien sûr Starshooter avec des extraits de concert où Kent scandait « Nouvelle Vague » et « Betsy Party » avec une énergie incroyable mais…? (bon Ok, je vois qu’on n’est pas tous de la même époque). J’avais adoré les réponses de Kent qui témoignait de cette époque complètement barrée et tellement créative. Et puis Kent, c’est aussi le souvenir de deux superbes chansons qui m’avaient marquées à l’époque, « J’aime un Pays » et « Tous les mômes ». Des clips et des paroles superbes, une voix, une musique qui me plaisaient beaucoup mais étrangement, je ne suis pas allé plus loin.

Me voici donc aujourd’hui avec son nouvel album « La Grande Illusion »… Je l’écoute comme si c’était son premier album, car pour moi, c’est le cas. Je ne peux en rien le comparer aux dix-sept autres précédents (sans compter ceux avec Starshooter). Dix titres, énergiques ou plus posés, une oeuvre subtile et raffinée parfois teintée d’électronique et de rock où se côtoient guitares, saxo et piano dans une symbiose à la sonorité très moderne. Et puis la voix de Kent, magnifique, certainement reconnaissable entre mille, et des textes profonds d’une grande justesse.

« La Grande Illusion » semble être, sous certaines facettes, un album bilan. Toutefois, il ne verse jamais dans le nostalgique. « Eparpillé », premier titre, où Kent évoque les différentes façons dont il peut être perçu par ceux qui l’écoutent, qui l’entourent au fil du temps qui passe. C’est mon titre préféré, musicalement génial (le saxo qui l’accompagne est terrible !).

Dans le même état d’esprit de prise de recul sur la vie, les titres « L’heure des adieux », « Si c’était à refaire » et « Rester amis » mais rassures toi, rien de négatif là-dedans. Kent, dans toute sa poésie, aime bousculer les choses. Animé d’une grande sensibilité, il sait capter et retranscrire nos sentiments intimes, nos fragilités, nos espoirs, et bien sur nos illusions, qui nous font avancer.

Chaque titre révèle des moments forts, il n’y a rien à laisser de côté, rien qui ne m’atteint pas. « Un revenant » parle d’une victime rescapée d’un attentat et s’interroge sur le quotidien d’un survivant. Un ressenti sur la vie, comment sera le monde pour lui, après ça ?

« La grande illusion », morceau langoureux, bluesy, léger, aux chœurs féminins magiques et chauds (j’aimerai y être aussi sur cette terrasse de café ensoleillée !).

« Chagrin d’Honneur », le titre le plus rock de l’album traite du Burn Out, de l’exploitation de celles et ceux qui font de leur mieux au travail et qui ne reçoivent ni reconnaissance ni encouragements, juste des pions, des numéros, à qui l’on manifeste juste de l’indifférence.

« Si c’était à refaire », titre atypique de l’album, moitié chanté, moitié slamé, sous des accents de jazz et au final très rock où l’on retrouve un Kent rageur, insolent, qui s’apaise en toute délicatesse, « Les oranges bleues », indéniablement un clin d’œil à Paul Eluard et Hergé. Les oranges bleues pourraient incarner nos rêves, nos sentiments, ce qui est impalpable et ancré au fond de nous et qui pourrait être l’Amour.

L’album se termine en toute beauté avec « Un cœur en automne », une ode à la mélancolie, au droit de se retrouver seul avec nous-mêmes, de se détacher de tout, de ne plus faire semblant, tout en gardant le sourire. Il est bon parfois d’être en mélancolie, de se laisser porter par le vague à l’âme. Et puis, je ne sais plus qui a dit, « la mélancolie, c’est un peu le bonheur d’être triste. »

« La Grande Illusion » est un excellent album, extrêmement moderne, beau, touchant, sensible. Une belle découverte que je vous conseille !


(Kent : Chagrin d’Honneur)

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