chronique

KING GIZZARD AND THE LIZARD WIZARD
/ Album « Fishing For Fishies »
/ Sortie le 26 avril 2019

14 albums en 7 ans. Et c’est toujours aussi bon. Voilà en une seule phrase le moyen de plier cette chronique, mais connaissant le goût de nos lecteurs pour la rhétorique, je ne vous laisserai pas ainsi en plan. Et cela ne sera pas difficile tant il y a à dire sur ce dernier Fishing For Fishies, aussi déroutant que convaincant.

Pour rappel, les australiens de King Gizzard and The Lizard Wizard, septuet de Melbourne, ne cessent de créer depuis le début des années 2010. Le challenge a été de sortir 5 albums durant la seule année 2018, 5 disques tous aussi innovants les uns que les autres. Le rock est le cocon, les thèmes musicaux se dispersent entre progressif, psychédélique, garage, pop acidulée et parfois onirique. Mais ici, et suite à une pause enfin méritée, c’est à coup de massue que les australiens viennent démonter ce confort auditif auquel nous nous étions habitués.

Fishing For Fishies est, et restera quoi qu’il arrive rock. MAIS : il s’agit du premier disque du groupe facile d’accès dès la première écoute. Il faut entendre par là que les morceaux sont facilement identifiables, constituent des petites fables à consonance soit boogie, soit country, soit glam 70s, tous particulièrement soignés, l’harmonica dominant ici, le piqué de guitare folk dominant là, le synthétiseur digne de mon vieux Bontempi ailleurs. D’une façon simpliste, on peut clairement annoncer que le disque est plus digeste que les autres. Cela signifie qu’à l’inverse des précédents albums qui se déroulent dans une certaine continuité sonore (titres longs, plages s’enchainant et surtout, une ambiance qui domine tout un disque sans jamais tomber dans le redondant – c’est là tout le talent de nos larrons -), ce dernier opus surprend par le changement de cap titre par titre.

Le parti pris est celui du vintage, du son plus classique. L’harmonica règne en maître. Néanmoins, la musicalité électronique n’est pas délaissée, et vient justement s’allier à des instruments assez rétros confirmant que le but n’est pas de plagier mais bien de sublimer les bases.

L’album s’ouvre sur le titre éponyme Fishing For Fishies, fable écolo (thème majeur de l’album, certes énoncé de façon un peu candide) à la rythmique douce et gentiment enjouée, la percu est souple et la guitare folk est à l’image du clip, mettant en scène Stu McKenzie en pécheur bucolique à l’image d’un Tom Sawyer des temps modernes. Les choses deviennent plus sérieuses avec le second titre Boogieman Sam, la batterie et la guitare évoluent vers un blues 70s qui sent bon le vieux tabac et le whisky. Comme une ligne temporelle se déroulant sous nos pieds, The Bird Song part vers un son plutôt jazz expérimental, le piano et la basse dominant le chant susurré et un brin discordant.

Les autres chansons restent dans cet univers oldie, mais leur simplicité ne marque pas immédiatement les esprits, plusieurs écoutes sont nécessaires pour les garder à l’esprit. Voilà ici un petit reproche à faire : étant habitués aux sonorités complexes, pour ne pas dire frappadingues des australiens, qui nous mettent alors au défi de se les approprier, cette légèreté nous déconcerte. Doit on y voir une tentative de s’ouvrir à un public plus large et plus néophyte ? Cela ne serait pas illogique après une carrière si prolifique. Ou bien, un signe de maturité : passer autant de temps à composer, à puiser dans tant de sources ne peut que vous amener à tenter les chemins de traverses, à trouver d’autres affinités.
Le disque se termine par deux morceaux particulièrement atypiques : Acarine offre une sonorité beaucoup plus synthétisante, un retour au psychédélisme cher à nos australiens. Le titre final Cyboogie clôture l’album avec une débauche de synthé assez minimaliste et un abus du vocodeur qui paraissent ouvrir la porte à ce qui va suivre.
Et ici encore, il y aura deux écoles : les puristes se revendiquant d’un rock australien digne des premières heures de Tame Impala et Pond, aux guitares saturées et à l’univers foutraque assumé, ou bien les fans plus ouverts d’esprit qui acceptent qu’un groupe évolue, se laisse influencer et qui ne craint pas de tester de nouvelles choses, quitte à déstabiliser son auditoire.
Comme à chaque fois, le débat sera clôt en live, car l’univers d’un disque s’il ne peut se reproduire sur scène n’a que peu d’intérêt. Connaissant le professionnalisme de King Gizzard, attendons-nous à ce qu’ils achèvent de nous convaincre que ce nouvel album mérite toute sa place dans leur petit monde.

La Note : 7,5 / 10

Site : https://kinggizzardandthelizardwizard.com/
Facebook : https://www.facebook.com/kinggizzardandthelizardwizard/

King Gizzard and The Lizard Wizard en tournée :

5 octobre, Alexandra Palace, Londres (Angleterre

8 octobre, Ancienne Belgique, Bruxelles (Belgique)

14 octobre, Olympia, Paris (75)

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