interview

Adam Carpels, créateur d’atmosphères Lillois, propose un périple en sons et émotions, une virée electro synthetico-organique passant par la bass music et le hip hop, accompagné en images par le vidéaste et VJ Sofian H-G. À découvrir au plus vite !


Pouvez-vous présenter votre parcours ? Vous venez d’où ? Comment tout a commencé ? Quelles ont été les principales étapes et rencontres fondatrices de votre projet jusqu’à aujourd’hui ?

Hello ! Je m’appelle Adam Carpels et je fais de la musique électronique, plus précisément de l’electronica organique et de la bass music aux effluves de hip-hop.

Je viens de Lille. J’ai commencé la musique avec un crew de rap de la région dans lequel j’étais et je suis qui s’appelle Les Fistons. On squattait dans une ville frontalière en Belgique qui s’appelle Tournai, c’est vraiment là-bas que j’ai fait mes premières armes sur des logiciels de MAO. Par la suite, j’ai rejoins le rappeur Lucius avec qui on a sorti un Ep. C’est un projet que j’ai eu avec deux de mes meilleurs amis et qui a été très formateur sur la création d’un live, d’un EP mais aussi et surtout sur le travail en groupe.

Après avoir crée ce live et sorti notre EP, on a fait quelques concerts et j’ai rencontré au Flow à Lille un rappeur pour qui je produit encore aujourd’hui, Lexa Large. Avec Lexa, on a signé chez La Couveuse pour le projet, un label indépendant sur Paris. Et, grâce au label, j’ai rencontré Thérèse avec qui j’ai monté le projet Thérèse et qui est à l’heure actuelle, avec mon projet solo, celui qui me prend le plus de temps et dans lequel je suis le plus investi.

Voilà un peu mon parcours, c’est fouilli, il a été bien rempli et toutes ces rencontres sont vraiment celles qui ont forgé ma musique et mon envie de poursuivre dans ce milieu.

C’est un projet solo mais sur scène, on bosse en groupe. Je travaille avec Sofian Hamadaïne-Guest, un vidéaste/VJ qui créé de la lumière et de l’image sur le live. J’ai rencontré Sofian il y a une paire d’années maintenant à Saint-Quentin durant la seule année d’études que j’ai fait. On a ensuite bossé à trois avec lui et Lucien sur le projet Lucius, et après avoir fini nos concerts avec ce projet, j’ai eu l’envie de lancer mon live en solo et je lui ai proposé de travailler ensemble sur la scénographie du projet.

C’était une envie dès le départ de rendre le live plus vivant au travers de visuels scéniques et d’une jolie scénographie. C’est quelqu’un en qui j’ai toute confiance, je le laisse complètement gérer l’esthétique visuelle scénique du projet, on échange uniquement sur les directions à prendre mais il est libre d’essayer tout ce qu’il souhaite.

Quelle place occupe la musique dans votre quotidien ? Ressentez-vous la pratique musicale comme un « besoin vital », un moyen d’échapper un peu du quotidien, un désir d’exprimer votre être… ?

Aujourd’hui, la musique c’est à la fois ma catharsis et mon travail. Je distingue deux parties : la création musicale et l’administratif. De nos jours, les petits artistes comme moi sont obligés s’ils veulent vivre de leur art de s’occuper de toute la partie administrative qui concerne la musique.

C’est un vrai besoin vital et même plus que ça, je ne me sent pas ou plus capable de faire autre chose de ma vie, c’est comme une évidence pour moi qu’il faut que ce soit ça et pas autre chose. C’est pour moi non pas un désir d’exprimer mon être mais plutôt un désir de déclencher des émotions et des réactions chez les autres afin que eux puissent exprimer le leur. Lorsque je fais un concert, que je sors un son, ou que je répond à une interview c’est pour moi un moyen de réunir les autres et de poser des questions, ou bien même juste de créer du lien social. C’est pour cette raison que je fais de l’art, c’est selon moi le ciment d’un société.

Parlons de votre professionnalisation : quels en ont été les déclencheurs ? Avez-vous rencontré des difficultés dans le cadre de cette professionnalisation ? Des aides et des rencontres en particulier vous ont-elles permis d’y croire et d’avancer ?

Tout de suite après le lycée j’ai su que c’était ça que je voulais faire et pas autre chose. Au début, ça a été très dur. J’ai dû pendant plusieurs années (et encore de temps en temps maintenant) avoir un job alimentaire pour pouvoir essayer de ré-investir et développer mes projets. Je n’ai jamais envisagé comme beaucoup d’autres avoir un « vrai » job à côté en tentant d’avancer à petit pas dans la musique. J’ai très vite compris qu’il fallait être investi à 100% dans mes projets si je voulais qu’ils me rémunèrent un jour. Ça n’est que depuis cette année que je suis un peu plus serein quant a ma capacité à être professionnel dans mon travail et à pouvoir gagner ma vie, un long chemin donc.

Je pense que les trois rencontres qui m’ont permis de me structurer sont celles avec le Flow à Lille, avec la Cave aux Poètes et celle avec Tour de Chauffe.

Le Flow avec ses formations m’a appris a me structurer administrativement et m’a permis d’avoir des locaux pour répéter. Tour de Chauffe m’a appris à travailler efficacement en résidence et c’est avec ce dispositif qu’est né mon premier live. Et pour finir, La Cave aux Poètes c’est la salle qui nous a fait et nous fait encore aujourd’hui le plus confiance, qui nous emmène au Crossroads, qui nous trouve des subventions, nous permet de faire des résidences…une salle qui est très clairement un des piliers du projet aujourd’hui.

Les initiatives comme le Crossroads, ça représente une aide précieuse ?

Le Crossroads, surtout dans une période comme celle-ci, est une aide vitale. C’est un festival qui malgré cette année toute pourrie me permet d’être en train de vous parler, me permet d’avoir une captation live de qualité, de rencontrer des label, des médias, des éditeurs… Bref, de continuer à faire vivre notre projet dans un monde et une société qui nous en empêche. C’est donc avec un grand plaisir qu’on y participe et on reçoit vraiment ça comme une chance.

Et quel a été l’impact de la crise sanitaire sur vos activités ? Avez-vous ressenti la nécessité de repenser votre mode de fonctionnement, d’aborder et de tester de nouvelles pistes pour vous faire connaître ou vous développer ?

Alors, vaste question… Personnellement je me sent faire partie des chanceux de notre milieu en crise. J’ai eu l’occasion de faire deux concert cet été, de faire de l’action culturelle, de faire le Crossroads… bref j’ai eu le droit de continuer à travailler. Ceci étant dis, oui j’ai complètement repensé ma façon de faire à coté de ces quelques jobs qu’on m’a donné.

Pour moi, cette crise, c’est l’occasion donnée aux artistes de reprendre la place qui est la leur. De discuter directement avec leurs communautés, d’organiser des concerts eux-mêmes, de créer du lien sans passer par de grosses structures…c’est l’occasion pour les artistes de reprendre leur place. Dans cette idée, avec des amis artistes de la région (Numérobé, Lana Ruellan…) on a créé une plateforme le temps du confinement qui s’appelait Hotel Bowindo sur laquelle on a invité tous les jours pleins d’artistes en tous genres. Il y a eu des concerts, des films, des courts de céramique, des cours de cuisine… Tout ça bénévolement évidemment, mais on a fait ça car on a vraiment ressenti dès le lendemain du confinement le besoin de continuer à faire vivre l’art et le partage même à distance. C’est une plateforme ou je ne me suis pas tellement mis en avant car le but, c’était vraiment de faire découvrir pleins de choses, de créer une bulle d’art dans laquelle s’échapper quand on a le cafard du COVID.

De plus avec notre projet Thérèse, on envisage un format de mini concert à petite jauge sur Paris où on inviterait un autre groupe à chaque fois.

Donc oui, ma façon de faire a changé car en ce moment je pense plus à comment réussir à faire vivre la musique et l’art en général que d développer mon projet qui de toute façon n’est pas réellement développable tant qu’on aura pas le droit de rencontrer notre public…

Enfin, quelle est votre actualité et avez-vous un dernier mot à ajouter pour conclure cette échange ?

Et bien déjà rendez-vous le 9 septembre à 21h pour ma session Crossroads. Sinon on sort un clip pour le premier single de Thérèse à la fin du mois.

Pour mon projet solo, un deuxième track devrait sortir chez Bruit Blanc début novembre, et mon EP est à venir en 2021 lorsque j’aurais trouvé les meilleurs partenaires pour le sortir

Merci pour cet échange et ces questions pertinentes, ça fait du bien de pouvoir vider son sac sur cette situation critique de la culture.

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