interview

Derrière ISLA se cache la jeune auteure et compositrice Julia Charler. Après la sortie d’un 1er EP sombre et aérien intitulé CHAIRS en 2016, ISLA continue à explorer nos contrées intérieures, à s’amuser de nos troubles tout en cherchant la lumière en chacun d’eux. En français comme en anglais, sa puissance vocale porte des influences telles que Björk, Radiohead ou Camille. Naviguant entre soul, pop et blues, atmosphères acoustiques et arrangements électroniques, elle nous guide avec assurance à travers les flots de nos inconstances.

Quel est votre parcours ?
La voix est mon premier instrument depuis l’adolescence, plus tard 2 ans au CRR de Nancy en jazz vocal.
Arrivée à Nantes, rate le concours d’entrée au conservatoire, un peu fâchée avec les institutions je me mets plus sérieusement à écrire des chansons et j’apprends à m’accompagner à la guitare en autodidacte.
J’aime bidouiller plein d’autres trucs : ukulélé, sansula, claviers, bruits du quotidien dans mon looper etc.
En parallèle je joue de la percussion et danse dans une école de samba, ça me nourrit beaucoup.

Pouvez-vous nous parler de la rencontre des différents musiciens ?

Nicolas Stroebel (batteur) est un ami de Nancy qui vit à Nantes depuis 3ans, nous avons été collègues dans un groupe de cover il y a une dizaine d’années.
Clémence Pied est un phénomène que j’ai d’abord beaucoup vue et aimée sur scène à l’époque où elle chantait dans Inüit, puis m’a proposé ses services par le biais de Nicolas Berrivin (réalisteur de l’album ave qui elle joue dans Grand Yellow).

Ce trio est le meilleur combo avec lequel j’ai joué, autant musicalement qu’humainement, ça fait tellement plaisir !
N’oublions pas l’homme de l’ombre Mathieu Roche au son, qui est la douceur incarnée, ça fait du bien.

La musique, que représente-t-elle pour vous dans votre quotidien ? Quand avez-vous commencé à réfléchir à votre professionnalisation et quels ont été les déclencheurs ?

La musique au sens large, au sens purement artistique ne représente pas quelque chose de vraiment concret, elle est toute ma vie, dans le sens où je me sens inspirée par n’importe quel son, un rien me semble musical.
La « musique » dans le sens « c’est mon travail » est arrivée sans que j’y réfléchisse sérieusement. Ca s’est présenté sans que je m’en aperçoive et je me suis rendue compte que j’étais déjà dans un processus professionnel…
Mon arrivée à Nantes en 2012 a beaucoup facilité les choses, beaucoup de portes se sont ouvertes sans que je ne demande rien (Inrocks Lab, Printemps de Bourges), merci beaucoup à toutes les bonnes fées qui se sont penchées sur moi.
Je dirais que plus le temps passe, plus ma vision de la professionnalisation évolue et se précise, je ne sais toujours pas exactement comment je veux que les choses se passent, mais je sais ce que je ne veux pas.
Je suis bien entourée, depuis le début par Pypo Production, c’est un travail d’équipe qui s’entretient et se nourrit.

À quelles difficultés avez-vous été confrontés dans le cadre de votre professionnalisation ?

Bien qu’étant entourée, je me sens parfois livrée à moi-même et coincée entre ma grande envie de liberté et mes doutes tout aussi grands sur ce que je produis par exemple, mais ce sont des considérations purement subjectives dont personnes n’a l’antidote…!

Avec internet, on peut faire tout depuis chez soi… sauf que cela nécessite quand même des connaissances techniques assez pointues et de l’achat de matériel, souvent onéreux.

Enfin, pour moi la plus grosse difficulté est d’être assez identifiable pour donner envie aux programmateurs de m’inviter sur leurs scènes (et donc de rencontrer mon public!), et en même temps assez singulière et intègre avec moi-même pour incarner au maximum le message que je veux faire passer.

Pour terminer sur une note positive, je dirais que j’ai une vraie chance de travailler avec Pypo Production, qui m’aide beaucoup justement à structurer mon professionnalisme et qui met les choses en oeuvre pour que je puisse améliorer ma qualité artistique tout en conservant une vraie authenticité face à une tendance générale à lisser la création …
Avis aux programmateurs : faites-moi confiance, j’ai des choses à dire et plein d’amour à répandre, c’est très important!

En quoi les initiatives telles que le Crossroads Festival sont une aide précieuse ?

Les initiatives comme le Crossroads Festival sont importantes car elles donnent un espace d’expression artistique privilégié auprès des professionnels, on se dit qu’on aura plus de possibilités de se produire et de partager notre musique, et qui plus est sortir du territoire français !

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre discographie, vos principales scènes et votre actualité (sorties CD…) ?

Après avoir sorti un Ep en 2016, d’inspiration folk, flirtant avec un peu d’électronique,je viens de sortir mon premier album « Les Yeux Noirs », clairement plus produit, qu’on a pu qualifier de kaléidoscope musical (j’aime beaucoup cette image).

Tournée donc, 2019-2020, avec une release nantaise à La Bouche d’Air et une autre au New Morning à Paris, des premières parties de Baloji à Vannes et St-Nazaire, le Festival au Carré à Mons (BE) et bien sûr le CrossRoads à la rentrée !

Et si tout se passe comme prévu, un nouveau clip sortira à l’automne.

Je pars également fin août pour deux semaines au Canada, pour une résidence d’écriture avec 9 autres artistes francophones dans le cadre du Festival de Petite Vallée, j’ai hâte…