Le Pingouin Alternatif : le meilleur du rock indé live from Béarn

 
Pour permettre de garder le contact avec le monde de la musique et du spectacle vivant, mis en sommeil pour cause de virus particulièrement tenace, L’Oreille à l’Envers vous propose une série d’interviews de différents acteurs y prenant part chacun à sa façon.
Musiciens, propriétaires de salles de concerts, vendeurs de disques, techniciens et photographes sont tous partie prenante de l’univers merveilleux de la musique et nous souhaitons leur donner la parole pour vous tenir informés du pendant et de l’après Covid.
Nous ouvrons le bal avec le Pingouin Alternatif, bar musical situé dans la charmante commune d’Arthez de Béarn (64) et son propriétaire Mathieu Turon, fana de musique indé et courageux entrepreneur au service de la culture rock et alternative.
 
Mathieu Turon
 
Présente-toi et raconte nous un peu l’histoire du Pingouin Alternatif.
 
Mathieu Turon : Tout a débuté avec mon retour dans le village où j’ai été scolarisé de 1981 à 1993 et aussi licencié sportif (basket et tennis). Le café que j’ai repris en mai 2015 se prénommait le “Café des sports” et j’ai gardé ce nom jusqu’en octobre 2016.
Durant la 1ère année d’exploitation, beaucoup de groupes locaux s’y sont produits mais lorsque je m’attaquais à des pointures nationales et internationales, les agents français étaient sceptiques. C’est pourquoi j’ai décidé de changer le nom du bar (en passant alors pour un illuminé aux yeux de tout le monde ! ) avec le clin d’oeil à Pingu (série TV d’animation avec un pingouin en pâte à modeler que j’adore) associé avec le terme “alternatif” pour que le nom interpelle particulièrement.
Depuis janvier 2019, le Pingouin accueille aussi des sociologues, philosophes, pamphlétaires et éditorialistes de renommée nationale et internationale (André Bercoff, François Bégaudeau, Michel Maffesoli, Philippe Pascot ou encore Alexis Poulin) pour des conférences-débats parfois enflammées car le Pingouin est aussi “alternatif” dans la “pensée”.
 
Quel type d’aides as-tu obtenu pour monter ton projet ?
 
Je n’ai eu ni aide privée ni aide publique pour financer mon projet culturel. J’ai créé depuis l’an dernier une association, le C.A.C 64 (Cabinet des Affaires Culturelles 64) qui est un pied de nez au CAC 40 car bien évidemment à but non lucratif. Par le biais d’adhésions annuelles à cette association (20€), les clients mélomanes me permettent d’avoir un petit socle financier pour palier des soirées où les entrées ne couvrent pas les cachets des artistes ni les frais inhérents à l’organisation. Il est bien évident que ce socle est beaucoup trop faible pour couvrir les frais de la vingtaine de soirées que j’organise, c’est pourquoi j’ai lancé un appel aux dons pour le maintien du financement des concerts lors de l’après Covid (ndlr : lien en fin d’interview).
 
Peux-tu nous dresser un état des lieux du spectacle vivant dans ta région, la place accordée aux petites structures et surtout le type de public ?
 
Je serai bref sur ce point car notre région n’est pas à proprement parler celle où la scène émergente pop rock indé internationale se produit le plus ! Il y a bien l’Atabal à Biarritz qui fait jouer certaines pointures, parfois la Centrifugeuse à Pau ou la Ferronnerie avec une programmation de haute qualité dans les registres noise, post-punk, math-rock et parfois folk.
Il y a aussi les Écuries de Baroja sur la côte basque et la Mamisèle dans les Landes qui ont une programmation audacieuse. Mais concernant l’émergence des styles que j’affectionne particulièrement (pop-rock-folk indé), je me sens un petit peu seul.
 
A propos de la crise du Covid, y a-t-il des initiatives de soutien dans ta région ? Comment maintenir le lien avec les spectateurs du Pingouin durant cette période ?
 
L’activité culturelle du Pingouin se résume à une vingtaine de concerts par an et six conférences donc ce n’est pas l’activité principale de mon bar. Durant la crise du Covid, concernant les aides, je vais m’y pencher mais n’étant qu’une toute petite association qui n’emploie pas pour le moment de salarié(e)s, je n’ai que peu d’espoir car c’est la musique indé et internationale que je défend, et aux yeux des dépositaires de la culture, ce n’est pas la priorité.
J’alimente quotidiennement la page Facebook du Pingouin Alternatif à propos des groupes et leurs dates de reprogrammation ainsi que la tenue des futurs concerts.
 
The Leisure Society et Michka Assayas testant la fameuse hospitalité béarnaise
 
Ta programmation favorise le rock de portée internationale. Quelles sont tes références en la matière et penses-tu avoir réussi à fidéliser un public d’amateurs ?
 
Ma programmation est axée sur la pop, le rock, la folk et toutes les variantes qui en découlent. Mes références sont alimentées depuis la fin des années 90 par la presse type Magic mais surtout par d’excellents blogs de musique comme Fanfare (le meilleur en la matière car le plus défricheur), Sound Of Violence , Soul Kitchen , Indiepoprock ou Les Oreilles Curieuses.
Enfin, l’Ecran du Son qui en plus d’être un site défricheur de talents locaux me soutient énormément avec des interviews d’artistes, des photos et d’excellents live-reports de mes concerts sans oublier 2000 Sounds Wire et sa plume légendaire. J’ai réussi à faire aimer mon registre musical à beaucoup de curieux et novices mais aussi à faire plaisir aux adeptes locaux de musique indé.
 
La bataille contre les grandes villes n’est-elle pas trop compliquée ? Quels sont tes meilleurs arguments pour convaincre les artistes de venir à Arthez ?
 
Cette bataille est de moins en moins compliquée grâce à la renommée des artistes que j’ai réussi à programmer depuis 2016. Cependant, il est toujours compliqué de rassurer les grosses agences d’artistes françaises ou internationales car vu de l’étranger ou de Paris, il parait plus “normal” de faire jouer des groupes dans des grandes villes plutôt qu’à Arthez de Béarn (1 900 habitants).
Pour les convaincre, je valorise la qualité de l’accueil (nourriture et pâtisseries maison de la ferme parentale), les lits tout confort dans mon appartement refait à neuf situé derrière la cuisine du bar ou un superbe gite rural à 500m ! Enfin, la proximité avec le public et surtout la possibilité de boire des bières avec les groupes jusqu’à 2h du matin car ceux-ci dorment sur place et n’ont pas le van à prendre !
 
Quel avenir envisages-tu pour le Pingouin : extension, partenariats, quels sont tes projets à court terme ?
 
L’avenir se conjugue déjà au présent car j’organise des mini-tournées d’artistes avec le Château de Viven, les Ecuries de Baroja et la Mamisèle en prenant en charge le transport et le logement des artistes, leur garantissant un chouette petit dépaysement surtout quand ils viennent de l’étranger.
Au niveau national, je dispose de plusieurs « alliés » et quand nous aimons un groupe, nous nous concertons pour créer une tournée, ce qui est le cas pour les anglais de The Electric Soft Parade (ndlr : dont la tournée initialement prévue en mai est reportée en octobre) ou pour les suédois de Les Big Byrds en septembre prochain. Parmi mes alliés, je citerai le 180 à Sainte Bazeille, l’association Close West à Nantes, le Joker’s Pub à Angers, le Festival Rock In The Barn, le Disorder Club à Saint-Etienne et enfin le merveilleux centre culturel de Lesquin près de Lille avec le camarade Alex (ancien programmateur de l’Aéronef).
 
The Electric Soft Parade – crédit Fabien Maigrat
 
Quelles sont tes plus grandes fiertés quant au Pingouin ?<
 
C’est gratifiant de faire venir chez soi ses artistes préférés et de convertir un public néophyte en le voyant repartir avec les disques. Ma plus grande fierté est d’avoir réussi (ce qui apparaissait insensé voire suicidaire financièrement) à faire venir des groupes indés de renommée internationale et de remplir le bar.
Grâce à Facebook, on peut contacter le monde entier et avec de bons arguments, le rêve devient réalité. Je suis passionné de musique et de concerts et je me bat contre les choix musicaux faciles et démagogiques des grandes salles. J’ai réussi à créer un public de fidèles qui est toujours là pour me soutenir dans mes choix artistiques.
 
Une anecdote à nous livrer ?
 
Pour la venue des anglais de Little Barrie lors de l’inauguration du Pingouin Alternatif, deux nantaises sont venues pour ce groupe qui n’avait que trois dates en France. Je me suis alors dit qu’il y avait d’autres fans animés d’une passion dévorante capables de faire 500 kilomètres aller-retour pour voir un groupe dans un bar de campagne. Ça m’a conforté dans l’idée de continuer à programmer des groupes dont la rareté sur le sol national peut faire se déplacer des citadins jusqu’ici.
Le 27 juin 2019, les illustres Toy ont joué au Pingouin. En temps normal je n’ai pas le budget pour me les payer mais l’un des membres jouant aussi dans The Proper Ornaments m’a proposé la veille de leur date annulée à Toulouse de venir ici pour trois fois rien. Résultat : 85 personnes se sont ruées chez moi et ont garni le bar. Tout peut arriver au Pingouin !
 
The Electric Soft Parade – Le Super Homard
 
Et pour conclure ?
 
Je finirai par une citation d’Oasis qui peut être perçue comme une preuve d’arrogance, mais après tout j’assume !
“And if I stumble,
Catch me when I fall ,
Cause Baby after all,
You’ll never forget my name”
 

Le Pingouin Alternatif
14 place du Palais, Arthez-De-Béarn, Aquitaine, France

Facebook : https://www.facebook.com/lepingouinalternatif/

Don à l’Association C.A.C 64 : https://www.helloasso.com/associations/cabinet-des-affaires-culturelles-64/formulaires/1?fbclid=IwAR1Wx_F93iNPnJUVBroOCNIOrP8CZM-1WmU97_WajEphbRQe-SqwlQSJM9M


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