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Ambiance tamisée à L’Antonnoir. Le 4 avril dernier, en pleine épidémie de Covid-19, la scène alternative bisontine accueillait Kevin Stunnenberg pour un Live Stream sans précédent, retransmis en direct des Pays-Bas. L’ancien chanteur de Birth of Joy y dévoilait son premier solo acoustique, en soutien à la salle et au public durant le confinement. Un nouveau set aux sonorités blues, qu’il semble avoir emprunté à la lune. Retour sur ce concert intimiste et généreux. (Kevin Stunnenberg (Birth Of Joy) – FB-Live acoustic from Haarlem to l’Antonnoir (Besançon) – 4 Avril 2020 – par Justine L’habitant.)


(©photo :Jos van den Broek)

Lights argentées et décor onirique au rendez-vous : La scène néerlandaise a tout fait pour rendre ce Live Stream aussi agréable que possible au chanteur malgré les circonstances. Le public quand à lui est à la maison, et peut, grâce à la générosité de Kevin Stunnenberg, avec la complicité du gérant de l’Antonnoir, Antonin Borie, assister au concert de lancement du nouveau set acoustique de l’artiste gratuitement. Un geste bienvenu pour les amateurs de musique, confinés chez eux durant l’épidémie de Covid 19, qui ont pu, l’espace d’un instant, s’évader au grès du son.

Silence ça tourne ! On est en Live.

La vidéo est lancée depuis les Backstages en direct des Pays-Bas. Quelques notes de guitare aux sonorités blues, attirent notre attention du côté de la scène, et en deux temps trois mouvements on se croirait à L’Antonnoir.

Le cameraman joue le jeu et nous y conduit. On découvre le jeune homme, blouson de cuir noir et chemise blanche, qui est là, qui joue de la guitare. Ses cheveux d’argents baignent dans un halo crépusculaire, déchirant la pénombre, tandis qu’il s’applique à dispenser des mélodies inédites, semblant venir d’un autre temps. Ce n’est autre que Kevin Stunnenberg, le Frontman de Birth Of Joy, venu soutenir le public Bisontin, armé d’un set acoustique de circonstance.

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(©photo :Jos van den Broek)

Un chant, lui aussi d’inspiration blues, ne tarde pas à venir accompagner les accords aux accents folks chaleureux, avec lesquels l’artiste semble effleurer les cordes de sa guitare. Les mélodies sont léchées, savamment orchestrées et entrent en résonance avec un chant fluide et maîtrisé. C’est alors que la magie opère : en alchimiste, Kevin Stunnenberg transforme le silence qui aurait pu s’avérer pesant voir assourdissant, en allié, donnant du même coup une profondeur supplémentaire à tout son set. Aucun doute sur le fait que les muses rendent visite au chanteur à la nuit tombée, qui n’a rien à envier à se confrères poètes. Sa musique est mystérieuse, aux accents délicats, surnaturels. Tantôt mélancolique, tantôt nostalgique. Marquée principalement par une sorte de ferveur dans la voix, rare et précieuse.

Harmonie parfaite.


(©Stream monitoring : Coen van Hasselt )
Fort de ses expériences musicales – quasi mystiques – avec son ancien groupe, Kevin Stunnenberg prouve une fois de plus qu’il est aussi à l’aise seul sur scène qu’accompagné (The Tommycats, Birth Of Joy, The Cinema Escape), à la sèche qu’à l’électrique, mais également en anglais qu’en néerlandais, sa langue d’origine. Son set est très différent des compostions rock engagées et vigoureuses de Birth Of Joy, dont l’efficacité n’est plus à prouver – Non sans rappeler le bues psychédélique des Doors. – Voire la fouge revendicatrice de Black Sabbath, dans un style beaucoup plus alternatif et accessible.

Mais la dimension acoustique de ce nouveau projet, beaucoup plus calme et intimiste, se prête parfaitement à la situation. En effet si le songwriting est toujours extrêmement personnel, il acquiert une dimension poétique ici, et oscille entre chansons d’amour et ode à l’amitié. Le chanteur se livre avec une grande sincérité sur des sujets à la fois graves, comme la guerre, et légers, comme le fait d’aimer. Il nous parle du besoin de trouver refuge en soi, pour y puiser l’inspiration. Faisant référence à ses amours, à ses amis, à ce que l’on perd et qui ne reviendra jamais, invitant tantôt à la réflexion – à faire attention à ce qui est précieux – tantôt la rêverie. Quant aux mélodies, elles sont lunaires. Placides.

À la fois lucides et fragiles comme le verre, sensibles et sereines. Berçant l’auditoire comme on chanterait un refrain à un ami malade pour l’apaiser durant sa convalescence. Ce refuge, dont nous parle Kevin Stunnenberg dans une de ses chansons, particulièrement émouvantes et empruntes d’émotions, il nous l’offre ce soir avec un set aussi lumineux et sincère que possible.

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(©photo :Jos van den Broek)

Une lueur d’espoir la grisaille d’une période sombre, qui a grand besoin d’artistes capable d’un tel don de soi. Allant même plus loin dans son engagement musical et social, Le jeune néerlandais rentrera en effet ensuite dans son pays natal pour s’engager bénévolement en tant que coach vocal à l’armée du Salut D’Amsterdam.
« Quand j’ai entendu parler du lieu de quarantaine pour les sans-abri, je me suis immédiatement engagé comme bénévole. Surtout en ce moment, les personnes vulnérables ont plus que jamais besoin de notre aide. Parce que, comment pouvez-vous rester à l’intérieur sans maison sûre… « 

Une belle leçon de générosité et d’humilité.

Un live acoustique à voir et à revoir. Le chanteur ayant décidé de le laisser à disposition de l’Antonnoir, la scène indépendante Bisontine, à l’origine de ce Live Stream solidaire. De quoi patienter jusqu’à la reprise des concerts et contribuer à la sauvegarde de la scène alternative locale bisontine et indépendante en générale. Découvrez également, si ce n’est pas déjà fait, dans The Cinema Escape, son nouveau groupe à l électro sombre mais tout aussi engagée et efficace, dont voici un premier extrait. Inspiré et prometteur.
(reportage par Justine L’habitant)

Facebook Kevin Stunnenbergmusic :https://www.facebook.com/kevinstunnenbergmusic
Facebook L’Antonnoir :https://www.facebook.com/lantonnoirbesak/

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(©photo :Jos van den Broek)

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