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Les 13 et 14 juin se tenait à Helsinki (Finlande) le festival Sideways, deuxième édition de ce petit frère encore plus indie que le festival FLOW qui nous régale tous les mois d’août. Sideways est organisé à Teurastaamo, les anciens abattoirs de la ville, un lieu cool réunissant restos, salle des concerts, magasins de vinyles ainsi que la meilleure radio du pays (Radio Helsinki). À seulement quelques stations de métro du centre-ville d’Helsinki, Teurastamo se situe dans le quartier des anciens docks (Kalasatama, ce qui signifie littéralement « Port à poisson »), un des nouveaux coins qui se développe dans la capitale finlandaise.(Sideways – 2ème édition / 13 et 14 juin 2016 / Helsinki (Finlande))(Juin 2016) – par Gwenaëlle.

Festival Sideways : petit nouveau de la scène indie finlandaise

La programmation de Sideways est surtout composée de groupes finlandais avec un bon nombre d’artistes étrangers, notamment la canadienne Peaches et les américains EPMD, Flashbush Zombies, Explosions in the Sky et Mykki Blanco (voir la liste complète des artistes sur le site du festival : http://www.sidewayshelsinki.fi) mais la star incontestable du festival, la tête d’affiche (et la raison principale de ma venue et de celle de 90% des festivaliers) était sans l’ombre d’un doute PJ Harvey. D’ailleurs, c’est à se demander comment un si jeune festival a réussi à attirer Polly Jean, d’autant plus pour son premier concert en Finlande ! Quoiqu’il en soit, même si la plupart des autres groupes m’étaient inconnus (oui, oui, c’était limite trop hipster pour le coup !), il était inconcevable de louper une telle occasion !

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Le soleil était au rendez-vous, l’ambiance sympa, plein de bars et de food trucks dispos, une foule peu compacte, tout s’annonçait sous les meilleurs hospices sauf qu’une tempête vint chambouler toute la programmation. Le concert tant attendu de la belle Anglaise fut donc avancé de 4 heures (!) pour éviter la sauce au public et empêcher aux instruments de musique anciens de prendre l’eau… Qu’à cela ne tienne, j’étais devant la scène une heure avant pour me réserver un bonne place, on ne peut plus excitée à l’idée de revoir enfin mon idole, après 20 ans (à l’Aéronef, qui s’en souvient ?).

Le groupe rentre enfin en scène. Telle une procession solennelle, les musiciens avancent lentement aux sons des cuivres et des tambours et prennent place, dont PJ Harvey herself saxophone à la main. On retrouve les fidèles parmi les fidèles : Mick Harvey (membre des Bad Seeds, excusez du peu !) et John Parish qui l’accompagnent depuis des années – en tout sept musiciens entourent la chanteuse. PJ est absolument superbe dans sa robe de mousseline noire qui flotte au vent et la couronne sur ses longs cheveux lui donne une allure d’elfe. A-t-elle vraiment 46 ans, vieillit-elle seulement ? Vieillie non, mais changée oui ! Il suffit d’écouter ses derniers albums pour comprendre son évolution artistique. PJ Harvey n’est pas de celles qui ont peur de se réinventer, de surprendre et de se mettre en danger. Son dernier album « The Hope Six Demolition Project » (référence au projet américain consistant à détruire les quartiers délabrés pour reconstruire, poussant alors les habitants les plus pauvres hors de la zone) est bien dans la même lignée qu’ »England shake » mais n’a pas grand-chose de commun avec les albums précédents. Le ton y est militant, presque politique, et reflète ses voyages au Kosovo, en Afghanistan et à Washington avec le photographe Seamus Murphy.

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Le concert à Sideways était en majorité basé sur « The Hope Six Demolition Project » et l’ambiance était définitivement imprégnée d’une certaine gravité. Les sujets des chansons ne prêtant pas franchement à la rigolade, on sentait bien l’artiste habitée par ce qu’elle a vu : la misère humaine sous toutes ses formes. Cela ne signifie pas pour autant que l’ambiance était lourde ou sombre, il y avait de l’énergie, de la profondeur, de l’emphase et énormément d’intensité. Mais contrairement à une Florence Welsh (superbe à FLOW en 2015) qui va toucher, embrasser, serrer dans ses bras les spectateurs, PJ Harvey garde ses distances, ne regarde pas la foule, ne se penche pas vers elle mais fait plutôt passer un message important, un message qui a un lourd sens et qui n’est pas compatible avec ce contact charnel. Elle ressemblait plus à une prêtresse ancienne, une incantatrice d’un autre âge. Le son des tambours et des cuivres avait quelque chose de ritualiste, de païen et un peu de militaire aussi et allait droit au cœur, au sens propre et figuré. Certains titres de The Hope Six Demolition Project ont une puissance viscérale comme The Wheel et The Ministry of Defense. Des grands morceaux sur album et des grands morceaux live.

PJ Harvey a aussi régalé son public de chansons plus anciennes comme le sublime et indémodable « To bring you my love », tout à la fois reconnaissable mais réinterprété avec cette gravité nouvelle. Oh Lord, cette voix, cette puissance ! Elle nous a aussi balancé à la figure « 50 Ft Queenie » qui mine de rien date de 1994 (!), prouvant que le rock ne l’a jamais quitté. C’était tellement bon qu’on en aurait voulu encore plus malheureusement le temps est limité dans les festivals, bien que nous ayons eu la chance d’avoir un quart d’heure de concert supplémentaire. La pluie n’a pas refroidi nos ardeurs ni celle de PJ. Elle n’a pas déçu mais nous a-t-elle jamais déçu depuis 25 ans ?

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Après PJ Harvey, difficile d’appréhender d’autres groupes, surtout sous la pluie battante. Pourtant quelques groupes ont attiré mon attention. Tout d’abord, Ty Segall and the Muggers dont les critiques à la fois élogieuses et étranges au festival Primavera m’avaient intriguée. C’est un type un peu bizarre, multi instrumentaliste, chanteur, producteur, il a à son actif 8 albums solos et a collaboré avec Fuzz, Broken Bat, GØGGS, The Traditional Fools, Epsilons, Party Fowl, Sic Alps and The Perverts. A Sideways il nous a délivré une performance de bon gros lo-fi garage rock allumé et surexcité qui fait du bien.

L’autre groupe qui avait reçu récemment des critiques plus que positives pour leurs performances scéniques, est Explosions in the sky. La particularité de ce groupe issu du Texas est que leur musique est purement instrumentale. En gros, il y a 5 mecs sur scène en jean et tee-shirt avec des grosses guitares qui balancent un son à percer les tympans. Au premier abord, ça pourrait en rebuter certains mais une fois les bouchons d’oreilles en place, on peut laisser ce tsunami de son nous submerger. Dans la foule parsemée, sous la pluie battante, emmitouflé dans un ridicule poncho en plastique, on se laisse prendre par ce que le groupe nomme des « mini symphonies cathartiques ». Une belle surprise mais un groupe qu’il serait préférable de voir en fin soirée sous une tente plutôt qu’en plein jour mais comme en Finlande il ne fait quasiment pas nuit l’été, c’est légèrement embêtant…

Niveau groupe finlandais, il était nombreux et représentaient bien la scène indie : le groupe de rock French films, le groupe de jazz expérimental Redder, le très populaire Pariisin kevät (Le printemps de Paris en finnois), la chanteuse Iisa, le rappeur Noah Kin (apprécié à FLOW en 2014), les bizarres Seksi hullut (qu’on peut traduire par ‘fous de sexe’) mais malheureusement plusieurs concerts ont dû être annulés à cause du temps et il y a une limite pour tout être humain pris dans les éléments.

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Sideways s’est, en seulement deux ans, imposé comme l’un des grands festivals finlandais et comme un des événements culturels de l’année. Très indie, Sideways se positionne comme un FLOW format poche, avec la même atmosphère artsy and cool mais doté d’une programmation plus pointue. Si le temps le permet, j’y retourne l’après prochaine ! Et rendez-vous au mois d’août pour FLOW et sa programmation de folie !

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(Reportage réalisé par Gwenaëlle)
(©crédit photos : Gwenaëlle)

(SEKSIHULLUT : VIINAMELONI)

-> site : http://www.sidewayshelsinki.fi
-> facebook : facebook.com/sidewayshel

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