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Le festival Rock en France est devenu une denrée très appréciée, et de ce fait, son pullulement nous amène à la triste constatation que les line-up des uns et des autres se copie/colle méchamment.(Festival This Is Not A Love Song – 9 au 11 Juin 2017 – Nîmes)

(Juin 2017 – par Laetitia Mavrel.)

Sans remettre en cause la qualité des festivals grosses moutures type Rock en Seine, Les Eurockéennes ou la Route du Rock qui brillent par leur professionnalisme et leurs choix d’invités (mais là, ça ouvre toujours matière à débat…), il nous faut tout de même convenir que trop de festivals tue le festival et surtout, étouffe les plus petits qui tentent de se démarquer par des programmations plus underground, pas vraiment classifiables, ou tout simplement, avec du « jeune qui n’en veut » et qui a bien besoin de débuter !

RIP au passage le Rock dans tous ses Etats, victime collatérale des collègues grossissants, et (2ème potentiel débat houleux) des arrivées de mastodontes déjà tout gros tout puissants et tous riches (un Lolapalooza français…pourquoi pas un Desert Daze dans le bois de Vincennes tant qu’on y est !).

Bref … Voilà pourquoi This Is Not A Love Song, pour sa 5ème édition, représente un oasis de fraicheur, de liberté, de qualité et surtout de convivialité qu’on ne doit pas louper.

Si tu aimes le rock indépendant (toi fan hardcore de Muse, Coldplay ou autre « StadeDeFrancisables » groupes, passe ton chemin !), courir entre deux petites scènes, les food-trucks tous locaux et le sud…Nîmes est fait pour toi !

This Is Not A Love Song, Oasis de fraîcheur musicale

3 jours de détente, en mode ambiance famille (le seul festival à ce jour où tu arrives à recroiser les mêmes gens tout du long, sans les connaitre ) dans un site atypique (scènes extérieures posées autour d’une salle de spectacle en intérieur, et surtout, au pied du parking d’Intermarché !) mais tellement charmant et accueillant.

Le résultat est une cascade de découvertes, une confirmation de talents et des retrouvailles avec des plus anciens. Tout le monde trouve donc son compte dans ce format !

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Les palmes de l’atypisme reviennent selon moi à des artistes comme Shugo Tokumaru, songwriter rock-folk multi-instrumentaliste qui nous fait partager son goût du rock garage avec la modestie et la pudeur propre aux Nippons. Passant de la guitare, à la basse, au synthé, à l’accordéon, aux percus et autres melodicas, on pense naturellement au côté bordélique de Tokyo Ska Orchestra, en moins foutoir tout de même.

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(Shugo Tokumaru ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

D’autres trucs sortant des sentiers battus tel les très glam/electro/garage/pop/clownesque (un peu) HMLTD, ovnis de Londres qui détonnent musicalement mais semblent faire plus la part belle au show visuel qu’offrent les tenues et les coupes de cheveux plutôt qu’à l’harmonie des mélodies. Des problèmes techniques à foison n’ont pas simplifié ma compréhension du tout.

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(HMLTD ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Dans un genre plus conventionnel mais tout aussi pêchu, Hidden Charms, jeune formation britannique également de Londres, nous a épaté par son énergie au service d’un rock garage teinté de ce qu’il faut d’envolées folk, allant de pair avec le look très 70’s du leader, et qui au final sonne assez juste pour ne pas nous égarer dans son répertoire. Et quelle énergie !

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(Hidden Charms ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Dans un genre plus brutal (oulala c’est le moins qu’on puisse dire), l’électro hip hop très incisive de Death Grips, formation de Sacramento (Californie), shootée aux sonorités très indus, à la rythmique toute chaotique mais qui au final envoie une énergie des plus pures et des plus…les bouchons d’oreille n’étaient pas de trop !
La fin de soirée se prêtait parfaitement à cette ambiance digne d’un 1997 apocalyptique et d’un Kurt Russel en cuir (sexy !!).

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(Death Grips ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

La configuration très familiale du festival attire aussi des pionniers qui apprécient de retrouver leur public ailleurs que dans les « arenas » (suivez-mon regard …) : le podium du « revival 80’s » est constitué de Teenage Fanclub, Echo and The Bunnymen et Primal Scream.

De la valeur sûre depuis 1989 avec Teenage Fanclub et nos quinquas à l’éternel look de geeks qui sont venus nous enchanter notre dimanche après-midi. Devant un public bien trop clairsemé à mon goût, mais soit trop jeune soit déjà trop vieux pour avoir gouté à ce son « so early 90s », le concert s’est déroulé dans une ambiance très conviviale, avec beaucoup de sourires et de simplicité, d’une efficacité hors pair. Leur son ne se démode décidément pas.

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(Teenage Fanclub ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Ian Mc Culloch, tout de noir vêtu comme si les frimas londoniens nous menaçaient, et Echo and The Bunnymen, ont fait le show de façon très juste : carrée, efficace, avec son lot de tubes mais l’équilibre était à mon sens fragile : le public, déjà acquis à la cause du groupe prenait un pied que ne semblait pas partager totalement le leader. Modestie, sagesse, flegme ou indifférence ? Il est difficile de lire au travers du masque peu expressif du chanteur mais qui remplit ici tout de même sa mission première, nous divertir.

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(Echo and The Bunnymen ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

La médaille d’or de l’indétrônable succès revient à Primal Scream, qui malgré les ans au compteur, nous régale toujours autant de sa fougue, de son rock garage poussif et suant, tout en gardant cette classe dans le rouge pétant et le col pelle à tarte de sa tenue. Du tube  à foison, et un réel bonheur d’être sur scène.

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(Primal Scream ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Entre ces 2 catégories précédemment citées, la longue liste des groupes et artistes plus ou moins connus mais qui ce sont tous mis d’accord sur une chose, leur présence à ce festival bien plus intimiste qui n’a fait que confirmer leur talent.

Plusieurs petites perles qui commencent réellement à tracer leur route tout en préservant leur particularisme comme Alex Cameron, le crooner aussie aux sonorités passant de l’électro douce au rock garage sombre, teintée de saxophone venant authentifier le tout. L’homme aime être là, nous aime et s’aime beaucoup car son dandinement incessant nous rappelle qu’un chanteur qui sait aussi bien bouger son popotin allie le plaisir des oreilles à celui des yeux (oui oui, rinçons nous l’œil tant qu’on peut ladies and gentlemen !)

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(Alex Cameron ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

The Growlers, forts de leurs 10 ans de carrière, affichent aujourd’hui des looks plus proches du Ché que du surf rock californien dont ils sont issus. Ils confirment le brio dont ils font preuve : à l’image du dernier album « City Club », les sonorités sont plus garage et surtout plus harmonieuses que précédemment. Une ligne tirant vers une ambiance très soleil, désert et cactus (sans tomber dans les mariachis, n’exagérons pas) donne du coffre à ce set et nous fait prendre conscience de l’évolution du groupe vers le très bon.

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(The Growlers ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Autre valeur sûre, plus discrète dans le show mais qui a rempli le contrat, Jake Bugg, qui décidément, en étant encore très jeune, mais moins jeune qu’à ces débuts, confirme sa maitrise parfaite de la guitare, du chant rock/folk tapant la mesure avec une qualité de texte qui le promet vraiment à une brillante carrière (sauf s’il lui prend l’envie de tout quitter pour fonder une start up … ha ces jeunes, on ne sait jamais).

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(Jake Bugg ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Egalement, Slaves, duo volcanique – fucker de Brexit – de Londres qui continue d’assouvir notre appétit pour le punk anglais. Le duo batterie / guitare leur suffit toujours pour nous mettre le feu aux poudres. Marquant cependant moins la surprise avec leur second album, cela est vite pardonné en live car leur énergie est inqualifiable ! Et quel plaisir de partager avec eux le sentiment anti faschos-conservateurs qui nous lie et qui les fait se rapprocher du bon vieux continent de plus en plus souvent.

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(Slaves ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Qui dit chanteur batteur dit donc également Spring King, groupe garage/punk de Manchester survitaminé muni d’un leader derrière les fûts, et qui sort réellement la tête du lot des très nombreuses formations britanniques du moment, du fait de la qualité des mélodies, de la cohérence des rythmiques et du chant (non, ça ne braille pas). Les tubes courts et très efficaces se suivent et surtout ne se ressemblent pas, et c’est là tout à leur honneur. Une conquête réussie des derniers festivaliers warriors du vendredi soir tard.

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(Spring King ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Mes 2 derniers coups de cœurs vont vers le calme et la sérénité d’un dimanche après-midi en compagnie de Whitney, le groupe formé autour des rescapés de feu la formation Smith Western, qui nous propose une folk très en douceur mais extrêmement bien orchestrée (guitare, batterie, trompette, synthé, gratte acoustique …) C’est un tsunami de mélodies romantiques, parfois tristes, mais toujours harmonieuses qui nous submerge, et la voix du chanteur (batteur lui aussi, décidément, gage de qualité) sublime cette pop ni trop sucrée, ni trop amère. Une perle qui va continuer d’être polie avec le temps.

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(Whitney ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Je statue que le summum a été atteint pour moi avec Pond, formation issue de la tentaculaire family from Perth, Australia, composée de Kevin Parker, Nicholas Allbrook et Jay Watson pour les plus connus.
Ici donc, formé suite aux allers-retours des uns et des autres du projet de base Tame Impala, la dernière mouture de Pond, toujours menée de front par le foutraque Nick Allbrook, indéfinissable tant il est imprévisible et dans sa musique, et dans sa présence scénique. Le fil conducteur étant un rock jouant savamment avec les influences de chacun : sonorités psyché – hallucinogènes due à Allbrook, pop plus cheesy mais efficace liée à Watson et balades partant vers le folk hippie très chevelu de Joe Ryan.
Tout cela formant un concert dont on ne ressort pas indiffèrent, peut-être difficile d‘accès pour les néophytes, mais la joie communicative du groupe l’emporte vite.

Le dernier album The Weather, dont la production par le « Don » Parker est reconnaissable entre 1000 (moins déjanté, mais signe aussi de maturité petit à petit acquise par les musiciens), propose une série de pépites ultra efficaces, dont on peut penser à la première écoute qu’elle se dirige plus vers un public teenager plutôt girlie mais nous convainc rapidement car au-delà des singles assez pop sucrée (Paint Me Silver, Sweep Me Off My Feet), des titres aux contours plus flous sortent remportent la palme comme 30000 megatons et All I Want For Xmas (is a Tascam 388).
L’Australie se trompe rarement dans ce qu’elle produit, peu mais de très bonne qualité !

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(Pond ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

En parlant d’Australie, qui de plus fous, surexcités, bruyants, décalés, totalement psychés, totalement déjantés, puissamment burnés et trop talentueux que les inclassables King Gizzard and The Lizard Wizard pouvaient avec un tel brio clôturer cette édition ?
Et bien personne, cela va de soi. Les multi-productifs allumés du cigare (7 sur scène, autant de présence et autant d’énergie) ont ravis tous les festivaliers qui ne pouvaient pas considérer partir avant la dernière seconde du dernier accord du set. King Gizzard et ses albums dont le listing ininterrompu et le nombre fournis par an étanchent quotidiennement notre soif de rock et qui fait le lien entre toutes les générations de rockers. Oui, mon discours sonne étonnamment pas objectif, mais là, je pense ne pas vous choquer quant à ma totale prise de partie en leur faveur.

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(King Gizzard and The Lizard Wizard ©crédit photo : Laetitia Mavrel)

Voilà pour le fond. S’agissant de la forme, bravo aux organisateurs avec le choix du site, l’aménagement de ce dernier (des terrasses en plein air munis de moult transats, coussins, brumisateurs et autres tables de pique-nique des plus bucoliques), juste ce qu’il faut de food-trucks (sans burgers, chichis et merguez dégoulinants) et de petits stands marchandising vinyles, bouquins (pas de place pour le vendeur de fringues tibétaines et de colliers en perles rasta), les consos dont le prix est indécemment accessible et surtout, la gentillesse du staff et des bénévoles.

On aime, on en veut encore, et on souhaite un peu égoïstement qu’il restera à taille humaine ce festival !
(Article réalisé par Laetitia Mavrel)
(©crédit photos : Laetitia Mavrel)

-> Site : https://thisisnotalovesong.fr
-> facebook : facebook.com/thisisnotalovesongfestival

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