reportage

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En ce mercredi d’hiver 2017, je regarde le paysage défiler par la fenêtre du train qui me ramène chez moi. Il n’est pas loin de 17h et j’y vois, dans le jour déclinant, un monde gris, des cités de béton aseptisées qui laissent place à des campagnes de champs noirs labourés où sont parsemés çà et là des bosquets d’arbres nus et tortueux, le tout baignant dans une brume froide et humide qui empêche de distinguer l’horizon du ciel. Il ne manque plus qu’une B.O. à ce monde quasi noir et blanc, genre « Seventeen Seconds » de The Cure ou « Unknown pleasures » de Joy Division, pour ne citer qu’eux. Bref, tout ça pour dire que l’ambiance est de mise pour la soirée que l’Oreille à l’envers s’apprête à apprécier…(Dear Deer – Motorama – La Cave Aux Poètes – Roubaix , 8 Février 2017)
(Février 2017 – par Vincent Vince Picozine.)

Chaud Froid

Et oui, ce soir c’est soirée New Wave à « la Cave aux Poètes » de Roubaix, où devrais-je plutôt dire Cold Wave par les temps qui courent et au regard des groupes qui nous y attendent. Mais tout d’abord, on aurait tendance à dire que la New Wave est désuète de nos jours et que la « Wave » n’est plus si « New » que cela. Certes, le mouvement ne date pas d’hier et ayant régné pendant une décennie sous toutes les coutures possible, on pourrait croire le style éteint depuis longtemps. Mais comme je suis sûr que tu es un grand amateur de musique, tu sais très bien que rien ne disparait jamais en matière d’art et que tout mouvement se perpétue et se décline. Pour preuve, il y a toujours des groupes qui font du punk, du rock progressif, du rockabilly, du reggae et Jean passe, donc pourquoi pas de la new-wave, qui, avec le temps, s’est muée en de multiples visages, electro, indus, pop, gothique, batcave, ambiant, techno, dark-folk, dark-bidule, cold-machin… et Jean repasse mais on s’en fout. On peut faire pareil avec le hard-rock mais ce n’est pas le sujet du jour. Revenons donc à nos corbeaux !

On prend la route pour « La Cave Aux Poètes ». Une affiche indique que le concert est complet. C’est cool pour les groupes et prouve que le style est toujours attrayant.
Il faut dire que ce soir, on vient plutôt découvrir ! C’est par le biais de l’excellent label Bordelais « Talitres » que nous avons appris l’existence de Motorama, groupe de Coldwave en provenance de Russie. Séduits par l’écoute de leur dernier album « Dialogues » sorti fin 2016, l’envie de vivre un de leurs concerts nous a naturellement donné « l’eau à l’oreille ».

En première partie, autre surprise, le groupe Lillois « Dear Deer », formé en 2015, dont on ne connait rien non plus si ce n’est qu’ils font du post punk/ no wave/ noise, style auquel je suis fortement attaché aussi. Laissons-nous guider par la surprise !

En attendant les premières notes, nous explorons un peu les lieux, nous jetons un œil au Merchandising histoire de voir les productions des groupes. Il y a tous les albums de Motorama, à l’imagerie collant bien à leur style, photos noir et blanc, clair obscur. Pour Dear Deer, un seul album, mais rien qu’à le voir, cela me parle beaucoup. La pochette représente le groupe, un homme et une femme face à face se repoussant à bout de bras. Il s’agit donc d’un duo ! D’instinct je sens que la soirée va être bien.

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(Dear Deer – ©photo : Hervé Collet)

Dear Duo

Le concert commence enfin. La scène est éclairée uniquement par des lignes de lumières rouge et bleue formant au plafond, des faisceaux en arc de cercle dirigés vers le public. Arrive alors Dear Deer, une bassiste et un guitariste, tous deux masqués d’une sorte de cotte de maille ne laissant apparaitre que la bouche et les yeux. Deux individus intriguants, on ne sait pas trop s’ils font partis de X-men ou des Avengers. Le premier morceau démarre et à vrai dire nous avons un peu été déconcertés, scotchés sur place sans pouvoir donner un avis sur ce que l’on entendait et voyait. Pour ma part, je ne savais pas dire si j’aimais ou pas. C’était tendu, crispé, agressif sans pour autant être violent, déstructuré…Puis les titres s’enchaînent. Dès le deuxième, je m’accommode et rentre petit à petit dans la matière de Dear Deer. Ils ont retiré leur masque, on est face à la bassiste (Sabatel), les yeux fardés d’un noir abyssal, une coupe keuponne et une robe rouge moulante. Son jeu de basse est impressionnant. Je ne dirai pas qu’il est forcément complexe, mais il est d’une précision incroyable. Elle balance à la fois un côté dansant tout en cassant les structures que je qualifierai de classique. Federico, le guitariste, balance des accords minimalistes stridents, nerveux, tranchants comme des lames de rasoir. Une boite à rythme, tribale, martiale, parfois indus les accompagne et leur chant, tantôt elle, tantôt lui, puissant et énervés.

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(Dear Deer – ©photo : Hervé Collet)

J’accroche à fond ! Whaaa, quelle bonne surprise  !!! Pas de doute on est bien dans des styles noise, no wave avec quand même un coté indus, batcave. J’y retrouve de mes vieilles influences dans le genre, Teenage Jesus and the Jerks, Sonic Youth, Lucrate Milk, Neva…Il y a une tension énorme dans leur jeu, mais un coté accrocheur, presque hypnotique. Sabatel nous balance des regards noirs pendant ses chansons et entre deux, un sourire vient nous dire « c’est pour rire, y’a rien de grave ».

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(Dear Deer – ©photo : Hervé Collet)

Je retiendrai leur titre, un vrai tube, « Claudine in Berlin » et un autre dont je ne suis pas sûr du titre « One Zero » (?), un genre de système binaire hypnotique.
Dès que le concert fut fini, on félicite le groupe. On a trouvé ça génial. J’achète leur album, on discute un peu avec Sabatel et Federico, et tout en parlant, je regarde leur album et vois le nom de Federico Iovino. Autant dire qu’en France il ne doit pas y avoir beaucoup de personnes qui s’appellent comme ça. Et ce nom je le connais depuis longtemps. En fait j’avais rencontré Federico 25 ans avant dans un groupe de rock Gothique nommé « Land of Passion ». Comme le monde est petit ! Ça m’a fait plaisir de le savoir toujours actif.
La soirée a super bien commencé, je suis aux anges. À noter que Federico joue aussi dans « Popoï Sdioh », qui est un peu la continuité de « Land of Passion » dans un style plutôt indus, batcave et Sabatel dans « Cheshire Cat (the bouncing) », duo féminin batterie/basse de post punk.

La chaleur qui venait du froid

Le temps d’une bonne petite pause pour se remettre de ce très bon concert, on attend maintenant nos amis russes et on souhaite de tout cœur que ce soit aussi bon.
Motorama arrive enfin sur scène ! Diantre !!! On nous vole !!! Ils ne sont que trois sur scène ! Ben oui, quand on a regardé les clips et les photos ils étaient bien cinq dans le groupe !

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(Motorama – ©photo : Hervé Collet)

Espérons que cela soit aussi bien ! Ok c’est bon je valide ! Dès le premier morceau, l’ambiance est bien présente, certes très différente de Dear Deer, on est bel et bien dans la Cold Wave et je dirais que c’est plutôt bien fait. On est loin du mimétisme potache que j’ai déjà entendu chez certains. Ici la musique est sincère. Cold Wave mais pas déprimante, pas triste, j’y trouve même une certaine chaleur, un coté dansant. Le rythme nous entraine dans des frasques entres joies et mélancolies. Et pour tout dire, ils s’en sortent très bien à trois !

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(Motorama – ©photo : Hervé Collet)

Quand le bassiste passe au synthé (minuscule d’ailleurs !), le chanteur prend la basse et met la guitare de côté. Une vraie organisation ! Ce qu’il y a bien avec Motorama, c’est que j’y retrouve tout ce que j’aime dans ce style. Certains médias les présentent dans la veine de « Joy Division », « New Order », « The Smiths », ce n’est pas faut mais j’affinerai en disant que chez Motorama, il y a du « Sad Lovers and Giants », « The Sound », « Trisomie21 » … et pourtant en regardant le concert, on oublie toutes ces influences pour n’entendre que du Motorama.

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(Motorama – ©photo : Hervé Collet)

Le groupe captive l’audience, plus de la moitié du public danse dans une Cave Aux Poètes pleine à craquer. La Russie nous apporte ici un joli cadeau et pour la deuxième fois de la soirée, j’assiste à un super concert. On peut dire que pour eux aussi c’est une réussite, et j’espère qu’ils laisseront une trace en France. Le concert ce termine, malheureusement trop vite à mon goût, j’aurai aimé les voir revenir pour un petit rappel, mais non…tant pis.

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(Motorama – ©photo : Hervé Collet)

Nous voilà sur le départ, une fois de plus heureux de ces belles découvertes et déjà pressé d’en savoir plus sur Dear Deer et Motorama en allant voir leurs clips et réécouter leur musique et surtout, les revoir bientôt en concert !
(Article réalisé par Vincent Vince Picozine)
(©crédit photos :Hervé)

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(Motorama – ©photo : Hervé Collet)


(Motorama : By Your Side)

-> Site Motorama : http://www.wearemotorama.com
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-> Label Talitres : http://talitres.com
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-> Soundcloud Dear Deer : https://soundcloud.com/deardeer-fr
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