interview

Un second album intitulé « Modern Love » prévu pour ce début 2020 et une tournée l’accompagnant pour des moments de sueurs scéniques intenses : TOYBLOÏD, un trio à la verve sauvage à découvrir au plus vite ! (Janvier 2020 – par Manon Bilot.)

(©crédit photos : Eva Quillec)

D’où vient le nom du groupe ?

Madeleine :  La question qu’on redoute à chaque fois ! Ça fait tellement longtemps qu’on ne sait même plus trop d’où ça vient, un vieux jeu de mot avec Tabloïd bien sûr… L’avantage c’est que tu tombes forcément sur nous quand tu cherches sur Internet.

Lou : Et puis c’est marrant de voir comment les gens le prononcent à leur façon, soit c’est très prononcé « toy-blo-hi-de », soit ils le prononcent à l’anglaise « toy-bloyeude ».

Comment vous êtes vous rencontrés ?

Madeleine : Lou et moi ça s’est fait à l’ancienne, par une petite annonce dans Rock & Folk… ! C’était il y a quasi 15 ans, ça fait très très bizarre de dire ce chiffre, c’est passé tellement vite. Greg a remplacé notre ancien batteur Pierre il y a 4 ans. Il nous a sauvé la vie à la dernière minute en apprenant le set en 4 jours avant de jouer devant 8 000 personnes dans un festival !

Lou : Greg, on le croisait dans notre salle de répète, il venait aussi souvent nous voir en concert et c’est même lui qui lançait le pogo. Avec sa grande taille on ne pouvait pas le louper dans la foule.

Vous sentez vous comme un groupe de rock engagé ?

Lou : Oh bah oui, on a jamais caché que les chansons sont écrites par une fille, qu’elle est gay et qu’elle parle à son amoureuse. C’est important de le souligner parce qu’aujourd’hui les gens qui font partie de minorités de par leur sexualité, leur religion ou leurs origines ou leur corps… Elles n’ont pas énormément de représentations positives, ces personnes ont besoin d’identification. Dans nos clips, on peut voir des drags queens, des drags kings, des personnes transgenres, on essaye de donner de la visibilité comme on peut à cette communauté « queer » qui questionne les rapports sociaux, lutte contre les discriminations et la violence à laquelle elle fait face au quotidien (attention à ne pas confondre avec le phénomène « Queer eye » de Netflix! on est loin de ça…). De même, la pochette de notre album sera une photo coup de poing, une photographie de deux vieilles dames du milieu burlesque que j’admire beaucoup. On a jamais caché dans notre musique et dans nos concerts l’ouverture sur ces questions; par exemple, il y a trois ans, on jouait pour les soeurs de la Perpétuelle Indulgence dans un bar féministe (La Mutinerie à Paris) (je te conseille vivement de googler les soeurs de la Perpétuelle Indulgence, ton ordi va se remplir de paillettes). Et puis évidemment, il y a un sujet qui nous tient à coeur c’est la place des femmes dans la musique aujourd’hui. Quand on regarde les chiffres des professionnelles dans le domaine, honnêtement c’est flippant. Donc oui on fait attention à s’entraider entre musiciennes, à se soutenir, à échanger beaucoup sur nos différentes expériences. Madeleine en parle très bien plus bas!

Madeleine : Il y a pas si longtemps on aurait répondu NON mais maintenant on peut clairement répondre OUI. Nous avons beaucoup mûris sur ce sujet, nous avons pris conscience qu’il y a beaucoup de combats à mener, et c’est aussi notre rôle d’artiste de participer à ces luttes. Nous avons en permanence tout un tas de choix à faire, et la plupart peuvent être mus par une conviction.

Par exemple nous avons décidé de faire fabriquer les t-shirts et sweats de notre merchandising en coton 100% bio, et dans des usines Fairtrade où il n’y a pas d’employés exploités et sous payés. Autre point sur lequel il est facile d’agir, c’est la lutte contre l’invasion de déchets plastiques, souvent catastrophique dans les salles de concerts. Nous demandons à n’avoir aucun emballage plastique dans nos loges, on ramène nos gourdes, et on ne boulotte plus de chips et de bonbons !

Lou : Perso moi les chips et les bonbons je les boulotte bien sur les aires d’autoroute quand on est en tournée.

Madeleine : Un autre engagement est bien évidemment d’oeuvrer pour la reconnaissance de la place des femmes dans la musique. Pendant longtemps nous ne voulions pas avoir un traitement particulier sous prétexte que nous étions des filles, nous voulions faire comme si cela était parfaitement normal. Et c’est parfaitement normal ! Mais malheureusement il faut bien constater que les musiciennes sont toujours extrêmement peu visibles sur la scène des musiques actuelles. Nous essayons donc à notre niveau d’oeuvrer un maximum pour augmenter la visibilité de ces femmes talentueuses. Nous invitons régulièrement des copines à jouer avec nous sur scène, et lorsque nous avons le choix de nos 1ères parties nous choisissons des groupes de filles. Nous citons le plus souvent possible les noms de tous ces groupes 100% féminins qui se sont formés ces dernières années, Slurp, SUN, Catisfaction, Grandma’s Ashes, on est tellement contentes de voir que tout cela est en train de bouger, il y encore du boulot, mais le dynamique globale est bonne, on lâche rien !

The Beauty and the Beast nous évoque tout de suite Disney, mais on est bien loin des rêves et de la magie n’est-ce pas ?

Lou : Ouais l’idée était de parler de la dualité dans une histoire d’amour. Et puis quand je relis les paroles je vois juste que

Belle est en train de foutre un coup de pression à la bête sinon, bah… Belle elle va bien le marave en fait. En vrai on sait pas hein ça pourrait très bien être la suite logique du disney vu qu’ils vivent en couple dans un château de 1000 mètres carrés, éloignés de tout, ils doivent plus se piffrer donc comme tous les vieux couples ils s’engueulent.

Dans quel état d’esprit cet album a-t-il été conçu ?

Madeleine : Dans un état d’esprit de « Ciao tout le monde laissez nous nous démerder » Nous voulions reprendre le destin de Toybloïd en main. Avant cela nous étions trop tributaires des volontés des personnes qui travaillaient avec nous, on leur faisait totalement confiance, et résultat on ne réfléchissait plus tellement à ce que NOUS nous voulions vraiment pour le groupe. Cela a été une énorme bouffée d’oxygène de pouvoir redevenir responsable de nos choix, même si cela a été aussi très difficile par moment. Nous avons pris du recul, et constaté que nous avions tout un tas de talents autour de nous. C’est très naturellement que nous avons décidé de faire cet album avec Fred Lefranc, notre ingé son live, qui avait la sensibilité exacte pour nous aider à mener cet album là où on le désirait. Nous avons squatté les studios d’enregistrements des copains, nous avons demandé à notre pote Eva de faire la photo de la pochette de l’album, à notre pote Matieu de faire le graphisme, à nos potes Axel, Stéphane, Geoffrey, Bérengère de nous aider à faire tout un tas de nouveaux clips. Bref une belle aventure de potes dont on est extrêmement fiers, quoi de plus agréable et gratifiant que de travailler en famille ?

(©crédit photos : Eva Quillec)


Est ce que vos doutes et/ou douleurs évoqués trouvent une réponse dans votre musique ?

Lou : Oui, ça fait du bien de mettre sur papier ses souffrances, de poser des accords dessus et de les embellir avec des gros riffs saturés. On parle de choses et d’événements très perso sur le nouvel album.

Quel est votre morceau préféré et pourquoi ?

Madeleine : Question évidemment très difficile, j’en profite surtout pour dire que je suis très heureuse que Shiny Kid existe. C’est le seul morceau de l’album que j’ai écrit, il aborde un douloureux drame familial, je ne savais pas trop comment il serait reçu par mes proches, mais cela leur a procuré une belle joie, j’étais très émue. Merci à Lou et Fred de m’avoir aidé à concrétiser ce morceau !

Lou : Madeleine a écrit aussi Violence 🙂 Honnêtement c’est trop dur de répondre à cette question. Je vais pas sortir le blabla du « je les aime toutes » c’est juste que je n’ai pas assez de recul tellement on a vécu à 200% la création, je suis très contente de l’album qu’on a fait et je suis impatiente de le sortir.

Votre nouveau clip est dément pourquoi avoir choisi ce thème ? Le producteur vous a t il aiguillé ou bien vous saviez ce que vous vouliez ?

Lou : Et bien, pas du tout ! Le clip sort directement de mon imagination. Je voulais absolument une vidéo ambiance horror movie pour cette chanson. J’ai écris le scénario du clip sur un bout de papier puis on en a parlé à Stephane (Naphtènes Narnog) qui était chaud tout de suite. Il a bossé comme un ouf sur la prépa, il a tout filmé avec la caméra dans sa bouche car on avait pas assez de budget pour se payer une steadycam. J’ai appelé des copines drags qui sont spécialistes de l’horreur (Sativa Blaze et sa fille Morphine Blaze), deux trois copaines pour de la figu, ma copine et sa soeur pour le make up et on a tourné en une journée et une nuit avant de rendre les clés de l’appart au proprio. C’était vraiment cool et on est trop contents du résultat, ça nous as trop servi de matter des tutos youtube « fabrication de fausses tripes ».

Votre notoriété gagne du terrain, à quoi est-ce dû selon vous ?

Madeleine : Peut être que nous avons pris confiance en nous ? En prenant nous mêmes toutes nos décisions pour ce 2ème album nous avons fait exactement l’album que nous voulions, tout est assumé à 100%. Le public doit le ressentir. Nous avons aussi mûri musicalement, les morceaux sont plus travaillés tout en restant très simples et accessibles, on ne perd jamais de vue l’importance du bon riff et de LA bonne mélodie. A noter également que notre nouveau tourneur Rage Tour est sacrément efficace et nous a monté une hyper belle tournée, on leur en est très reconnaissant, car on sait très bien que c’est par la scène que nous allons pouvoir toucher un maximum de gens.

Le nouvel album devrait sortir au début du printemps, avez vous un souhait en particulier pour ce disque ?

Lou : On espère qu’il va plaire à celles et ceux qui nous suivent et qu’il va permettre à d’autres de se sentir moins seul.e.s. J’ai trop hâte de dire aux gens : il est là, il est fait pour vous avec amour, alors faites le vivre le plus longtemps possible.

(Interview : Manon Bilot / Photos : Eva Quillec)

– Facebook : https://www.facebook.com/toybloid

Share

Vous aimerez aussi...