chronique

DEAR DEER
/ Album « Chew Chew »
/ Sorti le 11 Octobre 2018

// C’est lors d’un concert du groupe cold-wave russe Motorama que j’ai découvert Dear Deer. Ceux-ci assuraient la première partie et m’avaient complètement scotché. Un duo homme/femme, une guitare, une basse et une boite à rythme, si peu d’éléments pour créer quelque chose d’énorme. Dans un style post-punk noise à la fois froid, violent et robotique et en même temps accrocheur, dansant et hypnotique, Claudine et Federico nous absorbent par leur charisme et leur jeu tout en tension. On plonge avec délice dans leur univers et lorsque l’on refait surface, on en reste troublé et complètement addict.

Heureusement pour perdurer cette rencontre singulière il y a « Oh my… », le premier album du groupe sorti peu de temps avant et qui restitue toute l’ambiance et l’énergie dégagées sur scène avec toute la tension, l’urgence, presque comme une mise en danger, qui ne peut que bouleverser l’auditeur.

Alors évidemment un tel groupe suscite beaucoup d’intérêt, et on n’est pas étonné que ça cartonne pour eux, les concerts s’enchaînent un peu partout en France et aussi en Europe. Même si Federico (Land of Passion, Popoï Sdioh) et Claudine (Cheshire Cat) n’en sont pas à leurs premières armes, l’alchimie opère ici plus que jamais. Dear Deer côtoie les plus grands groupes du genre et écume les meilleurs festivals.

Bref, à peine le temps de dire ouf ! que quelques mois plus tard, sort le nouvel album « Chew-Chew ». Et autant dire qu’ils frappent encore plus fort ! Tout en gardant la même intensité qui procure cette sensation si particulière, ils augmentent d’un niveau la créativité.

9 titres denses, riches qui s’écoutent d’un seul bloc tant ils sont cohérents entre eux. La pochette est de toute beauté. Un baiser naissant entre deux êtres. L’un semble représenter le minéral, l’autre l’organique. Une sorte d’union entre le froid et le chaud, l’inertie et le vivant. C’est un peu ce qui se reflète dans leurs nouveaux titres. L’album est agrémenté de sonorités plus électroniques mais parfaitement dosées pour ne pas entraver l’équilibre basse/guitare. De véritables tubes s’enchaînent, je garde en mémoire ‘Deadline » énergique et minimaliste où les voix s’accordent à merveille, froides, inquiétantes, mélange de grave et d’aigu. La guitare s’envole avec des accords réduits à l’extrême, presque bruitistes.

« Earworm » invite Loto Ball à la trompette et l’ambiance se fait théâtrale et désabusée, un cabaret en déliquescence, une séduction lancinante.

« Stracila »,  titre semblant venir tout droit du tout début des 80’s avec l’émergence du post punk et toutes les ramifications engendrées par ce mouvement au rythme electro-minimaliste dansant et hypnotique qui aurait explosé sur les dancefloor batcave et cold-wave.

Tout aussi puissant, « Disco-Discord » avec un jeu de basse génial, un vrai moteur ! C’est tendu, organique, on a envie de l’écouter en boucle et se perdre dans la spirale. S’ensuit l’étrange morceau et non moins génial « Ozozooz » qui représente le système binaire, la base des programmations informatiques et l’angoisse d’appartenir à un monde numérique. Cette suite de 1010110…. Qui régit le monde. Encore une très belle interaction entre la basse et la guitare.

Enfin « Thanatomorphosis »à l’intro inquiétante, fantomatique. La guitare se fait plus posée, plus mélodique. Le synthé ondule comme un long serpent langoureux. Paradoxalement, Ce titre laisse des points de suspension et offre un lent voyage vers une suite, la promesse d’un retour, l’espoir d’un troisième album.

Dear Deer a su se créer une véritable identité tant visuelle que sonore dans un style qui n’est pas nouveau. Il donne un nouveau souffle qui étonne, surprend, provoque des réactions. Ils s’emparent de nous, nous intrigue. Ecoutez les, regardez les, vivez leurs musiques, vivez leurs concerts et plus jamais vous ne les oublierez !

(chronique : Vincent Gaillard)

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